{interview} Midian, la papesse de la dentelle

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^ Les mains ultra rapide de Midian (prononcer Midiane) qui tricote un châle tout fin en poil de bébé chameau entièrement filé main sur l’un de ses nombreux rouets.

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^ Le châle Firebird, un modèle de Rosemary “Romi” Hill. Tricoté par Midian avec son propre fil filé main “Jardins enchantés” de 767 m pour 115 g. Le châle mesure 232 cm sur 65 cm environ.

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^ Le modèle de châle est Cloud Illusions de Boo Knits, le corps du châle est tricoté en point mousse, il a 449 mailles. Il est tricoté en aiguilles 3,5 et 4 mm pour la bordure avec environ 400 perles. Il mesure 262 cm sur 62 cm. Midian a tricoté ce châle à partir d’un fil qu’elle a filé au rouet. La matière première était une nappe cardée par une de ses amies.

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^ Triinu’s vine & leaf créé par Triinu Andreassen et tricoté par Midian dans l’un de ses fils filés main et travaillé aux aiguilles 3,5 mm. Il mesure environ 90 cm par 190 cm.

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^ Le châle Lady scarf de SMC Select tricoté en fil filé main de Midian : Unakite. Le châle mesure 165 cm sur 80 cm. Il contient 377 mailles de démarrage.tricotin_midian_dentelle-7

^ Le châle Regrowth, modèle Ravelry, est tricoté par Midian avec le fil filé à la main par une amie. Il lui a fallu “seulement” 15 jours pour le terminer. Chaque pointe est décorée d’une goutte de verre.

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^ Le fameux Seraphim Shawl, un modèle de Miriam L. Felton tricoté par Midian avec son propre fil filé main Rainbow en rallongeant la bordure pour utiliser tout le fil. Aiguilles 3,75 mm avec 750 m de fil pour 142 g. Il mesure 190 cm de large et 98 cm de haut.

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^ Le  Adelei Shawl de Wendy Neal tricoté par Midian avec un fil de mérinos et fibres lurex angelina filé main avec des perles de rocailles.tricotin_midian_dentelle-11
^ Billy Holiday, châle tricoté par Midian tricoté en fil main, Sulky du bébé alpaga gris-rose, agrémenté de perles de rocaille assorties et très discrètes tricotin_midian_dentelle-12

^ Le châle en Lazy Lara tricoté par Midian avec son fil Nuit Indienne. Elle tricoté en aiguilles 3,5 mm avec 4 répétitions de motifs en plus, il mesure 142 cm à la bordure d’encolure pour 52 cm de large. Elle lui a ajouté des petits perles le long de la bordure.

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^ Haruni est un grand classique du tricot-dentelle. Voici la version tricotée par Midian avec son fil filé main “l’Etang aux sorcières”. Elle l’a tricoté en aiguilles 3,5 mm avec 16 répétitions de motifs, il mesure 150 cm à la bordure d’encolure pour 75 cm de hauteur

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^ Voici un châle très spécial, une version agrandie de la shoulderette Laminaria d’Elizabeth Freeman, tricoté par Midian dont le fil a été filé au rouet avec le magnifique pelage de son chat  Prométhian patiemment brossé, lavé et cardé. Il est tricoté aux aiguilles 4 mm, il mesure 160 cm sur 80 cm.tricotin_midian_dentelle-15-spitzenstricken

^ Spitzenstricken créé par Erich Engeln et tricoté par Midian en magnifique fil arachnéen filé main avec des fibres d’alpagas élevés par l’un de ses amis.

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^ Le Faroese Shawl de Kristin tricoté par Midian et rallongé de 32 rangs, il a donc deux dessins de bordures de plus. Plus de 900 m de fil de cachemire lie-de-vin du commerce ont été utilisés. Il mesure 150 cm d’envergure pour 86 cm de hauteur.

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^ Châle Halloween filé depuis la jolie nappe de Zouzou (notre fantastique animatrice du Pub Spinning parisien). Le fil, filé par Midian, a été tricoté aux aiguilles 3,5 mm avec 4 répétitions de motifs en plus du modèle. Il mesure 142 cm à la bordure d’encolure pour 52 cm de large. La totalité du fil a été utilisée soit 390 m.

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^ Le Wing of the Moth Shawl créé par Anne Hanson et tricoté par Midian. Elle avoue avoir eu énormément de plaisir à tricoter ce magnifique écheveau filé par son amie Muriel, reçu dans le cadre d’un échange entre fileuses.

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^ Wing of the Moth Shawl créé par Anne Hanson et tricoté par Midian

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^ Pretty as a Peacock créé par Jae Koscierzynski, tricoté par Midian avec son fil Automne cuivré, filé au rouet avec un mélange mérinos et soie.

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^ Aeolian Shoulderette, modèle d’Elizabeth Freeman, tricoté par Midian en alpaga filétricotin_midian_dentelle-20

^ Le châle Gail alias Nightsongs conçu par Jane Araújo a été tricoté avec un fil créé et filé au rouet par moi (Flore), il mesure 145 cm sur 73 cm environ. Midian l’a tricoté aux aiguilles 4.5 en faisant 7 répétitions de motifs.

Merci Midian d’avoir mis tant en valeur mon modeste fil !

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Pour ce châle arc en ciel “In Dreams Mystery Shawl”, Midian a utilisé une mèche graduelle de laine et soie (ci-dessous), teinte par une amie. Elle a filé chaque couleur individuellement pour garder cet aspect arc-en ciel. Le châle mesure 180 cm à la bordure d’encolure pour 98 cm de hauteur, elle avoue avoir un peu triché au blocage en l’arrondissant en haut car elle trouvait que cela donnait une meilleure tenue une fois porté.

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Matière première d’un châle : mèche graduelle de laine et soie qui sera divisée en tronçons de couleurs. Chaque tronçon sera filé en fil arachnéen. Chaque fil sera tricoté dans le sens de l’arc en ciel.
Voyez plutôt, le châle de la photo du dessus, ”In Dreams Mystery Shawl” que Midian a tricoté pour une envergure de 180 cm.

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Le bureau de Midian est extraordinaire. Comme une palette du peintre, son étagère porte les fibres de toutes les couleurs et de tous types d’animaux et de plantes, qu’elle va filer ultra fin pour pouvoir ensuite les tricoter sous forme de châles de dentelle.

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Midian est une vraie princesse. Chaque jour, elle se pare de ses plus beaux atours pour tricoter ses merveilles de dentelle.

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Midian en pleine discussion technique de dentelle et de fibres avec Zouzou, notre adorable animatrice du Pub Spinning. Rencontre mensuelle pour les fans des arts du fil à Paris dans un pub.

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Depuis 1999, date de lancement du site Tricotin.com, j’ai vu le travail de dizaines de milliers de fan de tricot. Des ouvrages énormes, des tricots ultra fins, des pros, des débutants, mais je n’ai jamais vu de travail plus fin et plus complet que celui de Midian.

Celle qu’on surnomme dans le milieu du tricot la papesse de la dentelle mérite bien ce sobriquet. En partant de la fibre de laine, de soie, de lin, de coton ou de chameau, elle file des fils d’une finesse extraordinaire, à une vitesse faramineuse et elle les tricote dans de sortes de papillons géants et aériens qu’on appelle châles.

Midian est une femme exceptionnelle, non seulement de par sa maîtrise de l’art du tricot dentelle qui dépasse de loin la pratique classique mais aussi parce qu’elle est intrinsèquement généreuse. Elle partage tout. Elle offre tout. Et cette philosophie contagieuse déclenche autour d’elle des cascades de cadeaux, d’échanges de fibres, de nappes, de fils et d’oeuvres tricotées. Mais il n’y a pas que les choses matérielles que Midian offre. Elle dispense son aide toujours précise, détaillée et bienveillante où qu’elle se trouve. Son lieu favori de prodigalité est le forum de Tricotin.com (comme nous sommes chanceux !!!).  Elle y modère plusieurs thèmes avec une grande gentillesse, beaucoup d’humour et une connaissance technique inégalée.

Aujourd’hui, je voulais vous faire connaître la vraie Midian, son artisanat, sa générosité et son parcours.

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INTERVIEW

Où êtes-vous née et où habitez-vous actuellement ? Quel a été votre parcours géographique entre les deux ?
Je suis née en Suisse à Yvorne, un petit village vigneron vaudois, si petit que j’ai voulu expérimenter la « grande ville ». J’ai vécu à Lausanne, la capitale du Canton de Vaud durant 17 ans et je suis retournée dans le calme de la campagne mais broyarde cette fois, à l’opposé, dans un minuscule village bien tranquille appelé La Vounaise.

Qu’avez-vous étudié ?
L’école obligatoire durant 5 ans, puis une école privée durant 6 ans et enfin l’école de couture de Lausanne durant 3 ans, où j’ai obtenu mon Certificat Fédéral de Capacité. J’ai aussi suivi une formation de pierceuse, laquelle a débouché sur une attestation me permettant d’ouvrir mon propre studio de piercing, ce qui est l’une de mes activités annexes.

Vous êtes une artiste textile très touche à tout. Quel est la première technique vous avez apprise ? Était-ce le tricot ?
J’appris à tricoter avec ma grand-maman quand j’avais 5 ans et pour l’anecdote : mon tricot n’avançait que lorsque je voyais ma grand-maman, j’ai mis du temps à comprendre qu’il ne fallait pas juste passer les mailles d’une aiguille à l’autre.

Vous avez été petite main, pouvez-vous nous raconter cette phase de votre vie ? Quelle expérience et quelles leçons en avez-vous tiré ?
J’ai travaillé quelques temps dans un atelier de couture, mais pas longtemps. La majorité du travail consistait à faire des retouches ce qui est fort ennuyeux et de plus extrêmement mal payé. On y apprend pas mal de trucs pour augmenter la vitesse de travail par rapport aux méthodes traditionnelles enseignées à l’école.
J’en retiens qu’il vaut mieux être à son compte et qu’il faudrait avoir la chance d’avoir une œuvre repérée par une célébrité, afin de se faire connaître et de pouvoir vendre à un juste prix qui permette de vivre décemment de son art.

Comment en êtes-vous arrivée à maîtriser avec tant de dextérité la dentelle au tricot, le crochet, la frivolité, le filage au rouet, la teinture ?
Dur à dire, je pense que c’est une aptitude innée. Tout ce qui touche aux fibres me semble d’une facilité déconcertante et puis comme cela me passionne, il suffit d’un bon tutoriel, d’une vidéo ou d’un livre et j’apprends toute seule. Parfois je trouve une passionnée pour me montrer et c’est chouette car c’est un moment de partage et je découvre des astuces inédites.
Par contre il ne vaut mieux ne pas me mettre aux casseroles, je n’ai aucun talent !

Si vous deviez choisir une activité favorite dans la liste, quelle serait-elle ?
J’ai droit à un joker ? Entre le filage et le tricot mon cœur balance !!!
Je rajouterais que je suis passée par des moments difficiles dans ma vie, le tricot et le filage, c’est mon yoga à moi, ma façon de me ressourcer, de me vider la tête, de retrouver l’harmonie. Je ne peux pas passer un jour sans toucher ou mon rouet ou mes aiguilles !!!

Vous êtes capable de tricoter de fines dentelles de tricot à une vitesse faramineuse, de dompter n’importe quel modèle, quel que soit son niveau de difficulté et de créer vous-mêmes des modèles extraordinaires. Dans le milieu, on vous appelle « la papesse de la dentelle », le saviez-vous ?
Oui, je le sais, c’est vous, Flore, qui m’aviez dit cela la première fois il me semble, j’ai été très honorée et fière d’être vue ainsi. On a beau savoir qu’on a du talent, souvent le doute nous assaille surtout quand on est aussi perfectionniste que moi. Je me dis souvent que je peux mieux faire alors que d’autres trouvent que c’est parfait. Mais malgré cela, j’apprends tous les jours en étudiant les expériences des autres et j’essaye de transmettre mes acquis.

Quel modèle vous a donné le plus de mal ?
Grave question, je pense que c’est le Dreambird, surtout que j’ai voulu aider une amie à le comprendre en lisant simplement les explications et j’ai eu du mal à comprendre. En revanche, une fois le travail sur les aiguilles je n’ai pas trop réfléchi et cela a été quasi tout seul, surtout que l’amie en question m’a fourni une grille qui était nettement plus limpide que tout le blabla d’explications. Souvent il faut tricoter sans trop réfléchir et tout coule de source, quoi qu’il faille mieux ne pas négliger les points importants à lire avant de commencer l’ouvrage.

Quel modèle avez-vous le plus réalisé ?
Le Sweet Dreams de Boo Knits tricoté 6 fois et Automne Australien tricoté 6 fois avec un 7ème exemplaire en route.

Quel est votre modèle préféré ?
Les deux cités en dessus.

Quelle est la création de votre cru dont vous êtes la plus fière ?
J’hésite entre le châle Automne Australien et mes colliers de la collections Game of Thrones.

Savez-vous combien vous avez tricoté de châles (ou étole ou pièce similaire) dans votre vie ?
Je n’ai pas le courage d’aller tous les compter, plus de 50, c’est sûr et probablement un peu moins de 100.
Mon but : 365 pour en avoir un pour chaque jour de l’année, puis 730 pour celui du jour et celui de la nuit et enfin 1095, un pour chaque repas !!! Le pire c’est que j’en suis capable, de les tricoter mais peut-être pas de passer mon temps à en changer.

En combien de temps tricotez-vous un châle de dentelle de difficulté moyenne ?
Entre une semaine et 15 jours, j’avoue que je ne fais pas attention au temps que j’y passe, j’aime tellement tricoter.

Combien d’heures vous sont-elles nécessaires à la création d’un écheveau de fil entièrement filé main ?
Une Précieuse de 600 à 700 m demande environ 14 heures entre le cardage et le filage.

Pourquoi se donner tant de mal alors qu’on peut acheter du fil tout fait ?
Parce que quand on fait soi-même, on peut obtenir ce que l’on veut, niveau finesse, matière et coloris et puis il y a le plaisir et le challenge du « tout fait à la main » de A à Z.

Aujourd’hui, tricotez-vous plus avec les fils arachnéens que vous filez au rouet ou utiliser-vous également des fils du commerce ?
Tricoté du filé main c’est un charme à nul autre pareil, mais j’aime quand même certains fils du commerce qu’il est difficile de reproduire comme la Kid Seta de Schulana (genre KSH de Rowan en plus doux). Quand je tricote des chaussettes, je préfère aussi les fils du commence ils sont plus résistants, quoiqu’il faille que je teste le filage à trois brins en retors navajo. Si je veux un fil parfait, lisse et sans irrégularités, ce qui est quasi impossible à obtenir en filé main, je choisirais un fil du commerce.

Quel serait le projet de vos rêves ?
Etre reconnue en tant qu’artisane-créatrice et pouvoir en vivre sans avoir besoin d’autres activités extérieures

Vous êtes modératrice pour le forum des arts textiles : Le forum Tricotin.com (entre 10.000 et 20.000 visiteurs par jour en fonction de la saison) qu’est ce que ce rôle vous apporte ?
Le plaisir de partager mes connaissances, d’aider d’autres personnes qui n’ont pas eu la chance d’avoir une grand-maman pour leur apprendre ou qui n’ont pas une aptitude innée dans les arts textiles, mais surtout cela me permet d’apprendre tout les jours des partages qui se font entre les passionnées, les expérimentés et les débutantes, on a jamais fini d’apprendre !!!

Avez-vous un secret pour parvenir avec gentillesse à mettre tout le monde d’accord ?
J’essaie de ne jamais faire aux autres ce que je ne voudrais pas que l’on me fasse et de traiter les autres comme je souhaiterais être traitée, avec respect, gentillesse et dans une atmosphère harmonieuse.
Je lis bien ce qui est écrit et je me mets à la place de celle qui le lit pour voir ce qu’elle en a compris avant de rectifier gentiment le tir.
Une de mes amies dit souvent : il y a ce qu’on pense, ce qu’on dit et ce que l’autre comprend, c’est parfois mal interprété et cela tourne en dispute, alors que la même chose dite avec d’autres mots passerait comme une lettre comme à la poste.

Sur le forum, vous avez créé un tuto de dentelle de tricot sur le choix des aiguilles, pouvez-vous nous dire de quoi il s’agit en quelques mots ?
Le principe de base du tricot-dentelle, c’est de tricoter en déjaugé donc avec des aiguilles plus grosses que celles préconisées pour le fil en question. La difficulté étant de savoir quelle taille d’aiguilles choisir pour un joli rendu, plus elles sont fines plus le tricot est serré, plus elles sont grosses plus le tricot est aérien. Avec ce tuto, on peut comparer à la fois le rendu et la taille de l’échantillon selon le numéro d’aiguilles et entre les différents échantillons.

Pourriez-vous nous donner une liste de centres de ressources, des sites internet ou des bouquins à suivre ou consulter absolument quand on s’intéresse aux arts du fils et de la laine ?
Pour les questions techniques ou les vidéos de tutos :
>En français
Le forum Tricotin.com
La chaîne YouTube “TéléTricotin” de Tricotin.com
>En anglais
Les tutoriaux KnitPicks
Knitting Help
Annie’s Stitch Guide
>Pour les livres, la bible de base : Encyclopédie des ouvrages de dames par Thérèse de Dillmont
>Pour les points :
A Treasury of Knitting Pattern by Barbara Walker,
Knitting Beyond the Edge, Knitting Over the Edge et Knitting on the Edge de Nicky Epstein
>Pour les châles :
Knitted Lace of Estonia by Nancy Bush,
A Gathering of lace by Meg Swansen,
Victorian Lace Today by Jane Sowerby,
Heirloom Knitting by Sharon Miller
>Pour le filage :
HANDSPUN REVOLUTION by Pluckyfluff, HANDSPUN: New Spins on Traditional Techniques, INTERTWINED: The Art of Handspun Yarn, Modern Patterns and Creative Spinning by Lexi Boeger,
Spin Art by Jacey Boggs,
The Spinner’s Book of Yarn Designs: Techniques for Creating 80 Yarns by Sarah Anderson
Ce sont mes principales références, beaucoup sont en anglais et n’ont pas d’équivalents en français.
Au début, je demandais des traductions et devant la foison de magnifiques modèles de tricots et de livres en anglais, je m’y suis mise et en 6 mois, je maîtrisais « l’anglais tricotique et filesque ».
Pour m’y aider : Le Dico du filage et Le dico du tricot

Y a-t-il des artistes textiles qui vous inspirent ?
Pluckyfluff, Laine Zinzin, Made By Pixies, Pam de Groot, Prudence Mapstone et Doigts de fée (NDLR : notre autre animatrice charmante du Pub Spinning parisien).
J’en oublie plein, car je me promène parmi les blogs ou les Facebook des copines tricotines ou fileuses et j’y vois des merveilles, il y a des mines d’inspiration à errer sur la toile.

Est-ce que vous auriez un conseil à donner à quelqu’un qui serait un peu trop impressionné par la dentelle tricotée mais qui meurt d’envie de se lancer ?
Bien lire les infos importantes et se lancer en lisant au fur et à mesure sans trop réfléchir à l’avance, au moment où l’on tricote tout coule de source ou presque et sans systématiquement compter ses mailles. Il suffit de temps à autre de s’arrêter et de regarder les motifs qui se dessinent on voit vite un décalage.
C’est ma hantise quand je créé un modèle de devoir donner des nombres de mailles à intervalles réguliers, je ne compte jamais rien ou très rarement, le plus long n’est pas de créer et de tricoter le modèle, c’est de le mettre par écrit de façon claire et précise.

Il y a quelques années, vous étiez venue chez moi à Paris, et ma fille, alors toute petite, s’était précipitée vers moi pour me dire avec des yeux ébahis : « Maman !!! Il y a une princesse dans le salon !!!» La vérité sort de la bouche des enfants, c’est bien connu. Vous portez des tenues très originales, souvent de couleur sombre, de belles robes très longues et décorées. Vous avez de longs cheveux parfois nattés de manière compliquée, un nombre incroyable de bagues et des incisives de vampire…
D’où vous vient votre style ?
J’avais adoré sa réaction, c’était très mignon. J’ai gardé un merveilleux souvenir de ce séjour parisien.
Quand on me demande mon style, je réponds : vampiro-médiéval-gothique, c’est en fait un mix de ce que j’aime revu à ma sauce, c’est-à-dire les vampires qui me fascinent par leur beauté, leur immortalité, leur façon de transcender le temps. Le médiéval qui est une époque qui me passionne, Arthur, Merlin, les quêtes épiques et la chevalerie, avec une touche de gothique. J’aime le velours, la dentelle, le noir et ce qui est hors norme. La banalité est ennuyeuse et la société veut nous uniformiser et cela me rend franc-dingue, il n’y a pas de normalité, il n’y a qu’une majorité dominante qui créé une norme. Chacun doit être lui-même envers et contre tout afin de s’épanouir, quand on veut être ce que les autres veulent qu’on soit on fait des malheureux, nous car on est plus nous et les autres car ils ne sont jamais satisfaits.

Et une question qui me titille… Il paraît que vous ne retirez quasiment jamais vos bagues… comment faites-vous pour tricoter si vite avec !?
Je ne les retire jamais, ce sont des bagues magiques !

On peut retrouver les fils dentelle de Midian dans la boutique Tricotin.com. Visitez son site Midian Création

Un grand merci Midian !

Article et interview : Flore Vallery-Radot
Photo : Midian et Flore Vallery-Radot

Hermès et ses artisans itinérants

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Le Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014 avait lieu au Musée d’Art Contemporain dans le site magnifique du port de Sydney où s’arrêtent de considérables bateaux de croisière. Vous pourrez voir, derrière les chevaux de papier Hermès, un bout du fameux opéra.

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La charmante couturière spécialiste des cravates. Elle reçoit un rectangle qui ressemble assez à un carré Hermès. Elle le découpe et assemble chaque morceau selon un processus très précis et très strict. D’un seul fil commencé et terminé par une boucle libre de réglage, elle coud avec un point invisible l’arrière de la cravate avec une dextérité à tomber à la renverse… Quasiment les yeux fermés, elle construit une cravate avec une couture droite et impeccablement centrée.
Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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La création du fameux sac Kelly et ses coutures à deux aiguilles.
Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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Voici la selle Hermès, le rêve de beaucoup de cavaliers.
Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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 Le sellier qui devant nos yeux ébahis fabrique une selle avec une assise en bois, du cuir bien sûr, mais aussi du feutre. Une selle Hermès coûte 5000 euros environ. C’est un produit de luxe entièrement fabriqué à la main.
La sellerie est le métier d’origine d’Hermès.
Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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Carrés Hermès dans le détail. On y voit les différents types de coups de crayons, les jeux d’ombrés, les couleurs multicouches, les couleurs plates.
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Présentation de carré Hermès au Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014. Notez la moquette incroyable avec une belle collection d’outils.

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Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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On voit sur cette photo d’un carré Hermès la précision du très et l’application exacte de chaque couleur qui ne dépasse pas.
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Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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De nombreux visiteurs, peuvent pour une fois observer ces merveilles de soie de près et les toucher sans crainte.
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Détails d’un carré Hermès.
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Détails de carrés Hermès.
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Détails de carrés Hermès. Admirez les dessins raffinés et les couleurs parfaitement appliquées.
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Détails de carrés Hermès.
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Détails de carrés Hermès.
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Détails d’un carré Hermès. Probablement basée sur un tissu brodé.
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Nadine Rabilloud graveuse dessinatrice chez Hermès depuis 36 ans travaillant sur le design ”Au cœur de la vie”.
Avec sa plume électrique vibrante elle applique des pointillés sur son calque de couleur pour les détails les plus fins.
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Nadine Rabilloud graveuse dessinatrice chez Hermès couvre une seule couleur du design “Au cœur de la vie” avec sa plume à encre de Chine.
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Quelques calques sur la table de travail Nadine Rabilloud, foulard ”Au cœur de la vie”.
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Quelques calques sur la table de Nadine Rabilloud.
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Table de travail de Nadine Rabilloud. Calques et encre de Chine. Foulard ”Au cœur de la vie”.
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Exemple de calque granuleux pour représenter les couleurs dégradées.
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Foulard “Au cœur de la vie”. Design 2007.
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 Détail du foulard “Au cœur de la vie”. Design 2007.
Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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L’atelier de l’imprimer de taille réduite pour le show. On y voir le modèle de carré Hermès qui sera imprimé.
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Les imprimeurs préparent la toile de soie.
Festival des Métiers Hermès à Sydney 2014.

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L’imprimeur et présentateur comique hilarant, explique le principe du pochoir.
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L’imprimeur applique sa teinture épaisse.
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 L’imprimeur racle sa teinture qui passera par les trous de la gaze pour se déposer sur la soie, en dessous.
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Voici le résultat après 5 cadres déjà. Chaque coloris (dont les différences semblent invisibles à l’oeil nu) a été appliqué en commençant par le plus foncé.
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La prestigieuse marque française, Hermès, a lancé il y a 4 ans une grande tournée à travers le monde pour présenter la beauté des gestes de ses artisans dans de grandes capitales comme Londres, Shanghai, New York, Paris, Pékin ou encore Sydney.
Nous avons eu la chance de nous rendre à l’un de ces événements exceptionnels et sommes contents de pouvoir en partager les images et les mots avec vous.

Ce sont cette fois-ci  sept métiers qui étaient représentés par des artisans aux talents incroyables et qui s’étaient déplacés, du 2 au 6 octobre 2014, jusqu’au Musée d’Art Contemporain de Sydney en Australie pour faire découvrir au grand public les arts de la peinture sur porcelaine, du sertissage de pierres, de la couture de cravates, de la gravure et impression pour les carrés de soies, de la sellerie et enfin de la couture du cuir pour la création de sacs.

La partie qui nous a arrêtée pendant plusieurs heures était bien entendu la partie textile : la création des fameux carrés Hermès, ces foulards de soie aux couleurs chatoyantes. Pour cette activité seule, nous avons rencontré trois artisans passionnés par leur métier et qui ont su partager avec une audience nombreuse les secrets de leur art.

C’est bien entendu dans le berceau de l’industrie de la soie en France, dans la région de Lyon, que les ateliers Hermès dédiés à la soie se sont installés. Ils y emploient près de 700 personnes et font travailler environ 300 employés de leurs sous-traitants directs.
Le premier carré Hermès a été créé en 1937, il s’intitulait ”Le jeu des omnibus et des dames blanches” et était composé de 13 couleurs. Ce sont à ce jour plus de 2.000 modèles différents qui ont été créés. Chaque année, environ vingt nouveaux designs sont lancés : dix au printemps et dix à l’automne sans compter les anciens modèles remis au goût du jour.

Nous avons tout d’abord rencontré Nadine Rabilloud qui travaille sur le site de Bourgoin-Jallieu près de Lyon, elle a fait toute sa carrière chez Hermès. C’est à seize ans qu’elle est entrée dans la maison et c’était il y a trente six ans ! L’équipe de dessinateurs-graveurs dont elle fait partie comporte vingt deux personnes.

La naissance d’un carré Hermès c’est avant tout le choix d’un design. Il y a environ quarante créateurs de part le monde, beaucoup de français, mais aussi un américain passionné par les indiens d’Amérique, un chinois, un allemand, etc. Chacun a sa spécialité : fleurs, chevaux, animaux ou géométrie. Ils doivent proposer un dessin, ou une oeuvre qui tienne dans un carré de 90 x 90 cm. Le directeur artistique sélectionne les designs qu’ils soient un dessin, une photo, une porcelaine, une aquarelle, un tableau peint à l’huile, une sculpture, une photo ou même une pièce textile photographiée.

La création carrée est ensuite traduite sous la forme d’un prototype, une reproduction du design. Ce “proto” est ensuite transmis à Nadine ou un membre de son équipe. Sa première tâche est de décomposer les couleurs. Elle attaque donc ce travail long et fastidieux d’identification de chaque teinte composant l’oeuvre. Elle voit par exemple qu’il y a le coloris Havane, Aubergine foncé, tilleul, Nil, Pétrole, etc. Elle peut en trouver un nombre infernal. Les teintes “maison” d’Hermès sont également légion, on n’en compte pas moins de 75.000 ! Le plus grand nombre de couleurs identifiées sur un carré Hermès est 46.

Nadine note donc chaque couleur par son nom sur une liste et elle les enregistre dans sa tête, comme elle dit. Nous lui avons demandé… bien évidemment… “Mais est-ce que vous n’utilisez pas un ordinateur pour analyser les couleurs, pour sûr, avec les moyens modernes, on pourrait vous éviter cette étape…” “Mais non, répond-elle, c’est la différence entre un carré Hermès et un foulard lambda. C’est l’oeil humain qui analyse les couleurs.”
Ce n’est pas le scan d’un tableau ou d’un design qu’Hermès veut réaliser, c’est une interprétation…

Une fois l’analyse couleur effectuée, Nadine commence le travail de gravure. Il s’agit de créer un calque par couleur identifiée en commençant par la plus foncée. Elle pose une feuille de polyester transparent, un calque, sur le prototype et couvre cette première couleur d’encre de Chine noire à l’aide d’un stylo à plume.

Elle va ainsi tracer et masquer chaque couleur après avoir repéré où elle se trouve dans tout le dessin, changeant de calque à chaque nouvelle couleur et allant progressivement vers la couleur la plus claire. Elle doit bien faire attention que chaque calque soit parfaitement aligné avec le précédent. Elle doit aussi anticiper ce que l’empilage de ses claques va donner comme teinte finale. Et puis, elle nous explique aussi qu’il lui faut prévoir les étapes suivantes et penser au coloriste qui choisira les couleurs en s’inspirant la plupart du temps de ses suggestions, mais pas toujours. Il lui faut par exemple faire attention de séparer des couleurs identiques qui se trouvent dans diverses parties du dessin car si le coloriste décide de changer le coloris d’une fleur, il ne faut pas que ce changement affecte une autre partie du design, un visage, ou un autre objet.

Nadine nous avoue que le plus difficile pour elle c’est d’avoir à penser en couleur, voir la couleur tout en travaillant en noir ! Elle doit faire la gymnastique mentale permanente entre la couleur et le noir. Cela rend son véritable travail d’orfèvre un challenge insurmontable pour le commun des mortels…

Il existe deux types de couleurs : les plates et les dégradées, elle travaille donc avec des outils différents. Pour les couleurs plates, elle utilise un calque lisse et applique le noir avec une plume à encre ou un pinceau. Les couleurs dégradées sont dessinées sur du papier calque granuleux, travaillé au pinceau ou crayon noir gras effleurant la surface qui se couvre ainsi de petits points, elle utilise aussi une plume électrique vibrante pour les détails les plus fins. Ce sont ces nuages de petits points qui effleureront légèrement la surface pour laisser passer une couleur complémentaire et donner un effet ombré ou dégradé.

Ce travail très minutieux est particulièrement chronophage. Pour le carré  ”Cosmogonie Apache” qui a nécessité le plus grand nombre de couleurs de l’histoire de l’atelier, 46 au total, le processus a pris plus de 2000 heures de concentration ce qui correspond peu ou prou à deux ans de travail.
Un carré Hermès classique contient en moyenne 27 couleurs et demande en entre 500 et 800 heures de gravure, c’est à dire en moyenne un an de travail.
Le foulard que nous voyons sur les photos ci-dessus est  intitulé “Au cœur de la vie”. Sorti en 2007, il y avait 39 couleurs et il a fallu environ 1700 heures de travail pour achever la gravure de tous les claques.
De façon générale, on peut considérer que l’atelier de gravure commence son travail un an et demi avant la sortie en magasin.

A la fin du processus d’identification, lorsque Nadine a recomposé toutes les couleurs, chacune sur son calque noirci, le carré doit apparaître tout noir. S’il subsiste des tâches claires, c’est qu’une couleur a été oubliée. Elle corrige alors les calques concernés.
Puis, pour finir, ses calques sont envoyés à l’imprimerie où pour chacun d’entre eux, un cadre de teinture sera créé. 

C’est maintenant au  tour du coloriste d’analyser le travail de Nadine, de valider ou non son choix de couleur, de faire des modifications pour l’équilibre de l’ensemble.

Ensuite, l’imprimeur entre en scène.  C’est l’étape de création des cadres de teinture. C’est un procédé photographique qui va imprimer les parties noircies par Nadine sur chaque les cadres. Le noir dessiné, opaque à la lumière apparaîtra en négatif sur le cadre. Le reste du cadre sera rempli d’un matière bloquante bleue, comme un pochoir.
Les cadres sont en fait des carrés de métal sur lesquels est tendu de la gaze peinte avec cette émulsion bleue photosensible (sensible à la lumière) et soluble dans l’eau.
Chaque calque de Nadine correspondant au noircissement d’une seule couleur est posé sur un cadre, puis de la lumière, ou plutôt des UV sont projetés sur le cadre et sa gaze bleue. Ces UV vont cuire et faire durcir l’émulsion bleue. Le cadre est ensuite lavé à l’eau et l’émulsion bleue qui se trouvait sous les motifs noirs dessinés par Nadine, et qui n’a pas été cuite et durcie car protégée de la lumière, va se dissoudre dans l’eau.

Une fois les cadres prêts, l’imprimeur installe un tissu de soie sur des tables longues de 150 mètres.  Chaque année Hermès utilise environ 20.000 kilomètres de soie à raison de 1.500 mètres de fils par carré.
Avec 3 de ses collègues, il s’installe et chacun prendra en charge la teinture d’environ 40 carrés. L’atmosphère et la température de l’atelier au plafond particulièrement bas sont contrôlées. Il doit faire environ 30° pour que les conditions soient optimales.

L’imprimeur commence alors le travail d’impression à proprement parler. Il pose le 1er cadre, de la couleur la plus foncée, sur la soie. Il verse dessus une quantité de teinture à la texture d’une crème. Il va ensuite pousser puis racler la teinture avec une barre de métal serrant une pale de caoutchouc. Il choisira la hauteur du caoutchouc qui change d’une barre à l’autre en fonction de la quantité d’encre nécessaire à ce cadre-là.
Chaque cadre doit être positionné exactement là où était le précédent pour ne pas “dépasser” (comme on dit à la maternelle). L’imprimeur utilise un rail avec des “stoppeurs” qui arrêtent le chariot portant le cadre au bon endroit, il observe à chaque nouveau cadre si tout est bien en face, et donne de légers coups sur les bords du cadre pour corriger sa position de quelques microns…

La teinture, pressée contre le cadre, va passer à travers les trous de la gaze sur la soie et imprimer le dessin. Il faut à chaque fois retirer le cadre délicatement et immédiatement lui faire prendre une bonne douche pour retirer la teinture. Une fois que l’imprimeur aura déposé successivement et raclé tous les cadres, on verra peu à peu apparaître le design du créateur avec toutes ses couleurs imprimées sur la soie. Une fois le carré imprimé complètement, il est numéroté.

L’opération n’est pas encore terminée ! La couleur telle quelle est vulnérable et serait détruite par une goutte d’eau. La soie doit passer ensuite par un bain de vapeur pour fixer la couleur. La vapeur permet à la teinture de pénétrer profondément dans la fibre. Le tissu, rigidifié par ce traitement et la gomme arabique utilisée dans la teinture, doit être lavé avec de l’eau souterraine et un savon très spécial. Le foulard redevient alors très doux et très brillant. Pour finir, une pellicule d’un produit secret est déposée pour donner tout le soyeux qui fait le secret du carré Hermès.

La dernière étape pour ces carrés est le roulottage des bords, opération de couture qui durera environ 45 minutes.

A chaque étape du processus, un contrôle qualité vérifie que le produit est conforme à la charte très stricte de l’honorable maison.

Après ce show fantastique de l’imprimeur, épuisés par tant de boulot, sans avoir bougé le petit doigt… nous sommes retournés voir Nadine pour la remercier d’avoir répondu à nos nombreuses questions. Et lui en avons reposé une pour la route… “Mais alors la copie, l’espionnage industriel !? N’êtes vous pas inquiets chez Hermès de montrer tout ce que vous savez faire au monde entier, devant des murs de portables tendus en train de filmer alors que vous demandez de ne pas le faire ? Est-ce que vous n’êtes pas finalement en train de brader votre savoir-faire ?”

La réponse de Nadine fuse : “Même pas peur !” Elle nous explique que le travail des artisans Hermès que représente chaque pièce présentée ici est tellement énorme, intense et spécialisé que copier les process longs et si manuels n’a aucune valeur financière. Par ailleurs, il existe déjà des tonnes de copies de tout ce que produit Hermès et ça ne s’arrêtera jamais. A peine sorti rue Saint Honoré, un carré fait déjà un carton sur le marché de la contrefaçon…

Il est vrai que si une société chinoise se prend à rêver de lancer un deuxième Hermès, il lui manquera certainement la notoriété de la grande maison. La contrefaçon existe déjà, et grâce à ces mains savantes et ces années de travail pour chaque nouveau produit édité, il n’y a pas de comparaison possible !

Article et photos : Flore Vallery-Radot