{interview} Raphael MIZRAHI, il tisse les fibres et les mots

{interview} Raphael MIZRAHI, the words and wool weaver


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^  Dans le salon de Raphael Mizrahi les coussins sont tissés à la main.

  In Raphael Mizrahi’s living room the cushions are handwoven.

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^  Le quartier Raphael Mizrahi dans un mochav qui jouxte la ville d’Ofakim, dans le Néguev oriental, en Israël.

Raphael Mizrahi’s street in a Moshav next to the city of Ofakim, in the eastern part of the Negev, Israel.

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^  Raphael Mizrahi a une passion pour les bonsaïs. Il en crée de toutes sortes et particulièrement des essences locales.

Raphael Mizrahi has a passion for bonsais. He creates all sorts of them using mainly local trees.

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^  Raphael Mizrahi cultive également le coton qu’il file ensuite au rouet pour réaliser ses tissages.

Raphael Mizrahi also grows cotton plants. He cards and spins its fibres for his weaving.

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^  Raphael Mizrahi est un collectionneur, il recycle aussi beaucoup de ses trouvailles, notamment les tissus qu’il découpe et tisse pour créer des paysages. Ce sont ses lirettes.

Raphael Mizrahi is a collector. He recycles most of his finds and especially fabrics which he cuts and weaves into landscapes. He calls them his “lirettes”.

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^  A la table de Raphael Mizrahi on mange très bien et joliment. Les sets de table sont tissés sur son métier.

 At Raphael Mizrahi’s table you eat very well and in style. The table mats are woven on his loom.

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^  Tissage de Raphael Mizrahi.

Raphael Mizrahi’s weaving.

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^  L’atelier Raphael Mizrahi avec son métier de table 5 cadres sur pied et à pédales et son rouet Joy, tous les deux de chez Ashford et, nous en sommes fiers, de la boutique Tricotin.com.

Raphael Mizrahi’s workshop : he has a 4 shafts table loom and a stand with treadles and a Joy spinning wheel, both from Ashford, bought, and we are quite proud, in Tricotin.com’s e-store.

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^  Paysage du Néguev. Tissage de Raphael Mizrahi.

Negev landscape. Weaving by Raphael Mizrahi.

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^  Tissage de Raphael Mizrahi.

Raphael Mizrahi’s weaving.

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^  Toison de mouton en provenance du Kibboutz voisin qui sera lavée, écharpillée, cardée, filée puis tissée par Raphael Mizrahi.

Sheep fleece from the nearby Kibbutz which will be scoured, teased, carded, spun and woven by Raphael Mizrahi.

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^  Planche à écharpiller pour écarter les fibres de la toison avant de les fils ou de les carder.

Teasing tool used to prepare the lock of wool before spinning or carding.

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^  Grosse bobine de laine filée à la main par Raphael Mizrahi.

Large wool bobbin of Raphael Mizrahi’s handspun yarn.

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^  Echeveaux de fils filés main par Raphael Mizrahi.

Raphael Mizrahi handspun skeins.

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^  Le fil de chaîne est maintenant sur l’ourdissoir, prêt à être ourdi puis tissé sur le métier de table de Raphael Mizrahi.

The warp is now on the warping frame, ready to be warped and woven on Raphael Mizrahi’s table loom.

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^  Portrait de Raphael Mizrahi.

Raphael Mizrahi’s portrait.

 

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J’ai eu la chance de rencontrer Raphael Mizrahi “virtuellement” car c’est un fidèle client de la boutique Tricotin.com. Lorsqu’il n’écrit pas ses livres, entre autres et nombreuses activités, il tisse. C’est lui-même qui file la laine et le coton pour ses tissages. Il démarre de la toison de mouton ou de la jolie fleur de coton de son jardin puis carde ces fibres, les file à l’aide d’un fuseau turc ou d’un rouet et enfin, il ourdit son métier et tisse des étoles, des vestes, des sets de table ou des coussins.

Il y a  beaucoup de poésie dans ses tissages et dans le choix des couleurs. Sa démarche “A à Z” : du mouton au coussin est une sorte de pratique zen, longue et libératrice. Sa politique de création par le sauvetage est une si bonne idée. Il file uniquement les fibres disponibles autour de lui pour les sauver de la perte.  Il utilise aussi les chutes de tissus voués à la poubelle ou l’oubli qu’il recycle pour créer des lirettes ou tableaux tissés.

Raphael Mizrahi est un écrivain israélien qui après une vie d’aventures commençant dans l’Egypte de son enfance, passant par plusieurs régions françaises, s’est posé dans un mochav en Israël pour prendre le temps d’écrire, de créer et de jardiner. C’est un monsieur charmant, toujours plein de projets et cela fait bien longtemps que j’ai envie d’en savoir plus sur son parcours, sa passion des arts du fil et ce qui les lie tous les deux.

Il a eu la gentillesse d’accepter de répondre à mes questions et à mes incessantes demandes de photos ! Un grand merci du fond du coeur Raphael !

 

 

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INTERVIEW

Où êtes-vous né et quel a été votre parcours « géographique » jusque-là ?
Je suis né en 1938, en Égypte, au Caire plus précisément. A l’âge de quatorze ans, je suis parti en France, où j’ai vécu jusqu’après ma retraite. Je me suis installé en Israël en 2005

Que gardez-vous comme souvenirs du Caire ?
C’est une question bien trop vaste : on garde généralement beaucoup de souvenirs de ses quatorze premières années. J’en livre une certaine quantité dans « ma nostalgie », le premier roman de ma série « Bouquet d’exils ».

Et de votre arrivée en France ?
De la même façon, ce sont des souvenirs qui ont en partie inspiré « enracinements », le second roman de la série. Dans les deux romans, Marc, le narrateur principal, me vole beaucoup de souvenirs. Mais il s’agit bien de romans, car les souvenirs sont toujours transposés, et il y a aussi des éléments imaginés. On peut aussi se poser la question de la véracité des souvenirs : qu’on le veuille ou non, le temps modifie le regard, en édulcorant, en magnifiant ou en accentuant ce qui reste dans notre mémoire, en en refoulant une grande partie, et sans doute aussi en en oblitérant.

Pouvez-vous nous décrire l’endroit où vous habitez aujourd’hui ?
J’habite aujourd’hui une maison dans un mochav qui jouxte la ville d’Ofakim, en Israël. C’est dans le Néguev oriental, une région de steppes limoneuses, qui étaient pratiquement inhabitée il y a soixante ans. C’est maintenant une merveille de cultures, où les oiseaux en particulier se sont beaucoup multipliés et nous offrent des concerts permanents. C’est aussi un peu au-delà des zones qui ont reçu des milliers de « quassams », que des imbéciles qualifient d’inoffensifs : Je les invite à venir vivre avec leurs enfants quelques temps près de la frontière avec Gaza lors d’une période « chaude ».

Vous avez semble-t-il été toute votre vie un touche à tout, mais quels sont les métiers que vous avez pratiqués qui vous ont le plus marqué ?
Tous les métiers que j’ai pratiqués m’ont marqué, et j’ai toujours travaillé avec passion, n’hésitant pas à quitter un emploi quand je pensais en avoir fait le tour : j’ai eu la chance de vivre une partie de ma vie professionnelle au cours d’une bonne partie des « trente glorieuses ». Je peux néanmoins dire que c’est comme enseignant d’adultes (sculpture sur bois et méthodologie du travail intellectuel), futurs éducateurs spécialisés, que j’ai eu le plus l’impression de trouver ma place. Sauf que les contraintes institutionnelles m’ont beaucoup pesé.

Comment avez-vous trouvé la vie dans un kibboutz pendant 9 mois ? Qu’est-ce que ça vous a appris ?
Je pourrais dire en plaisantant que je l’ai trouvée après avoir beaucoup cherchée. J’ai très vite compris qu’au kibboutz où je logeais, comme dans la plupart des kibboutz, la vie communautaire était en voie de disparition. J’ai surtout compris que les kibboutz, hélas, ça n’existait pratiquement plus. Il serait trop long de développer cette idée, et je pense le faire dans un prochain roman (« Marcel »).

Ensuite, vous avez passé 5 ans dans un mochav, est-ce une envie de plus d’individualité ?
J’ai passé cinq ans dans un mochav, et je vis depuis trois ans dans un autre mochav. Mon, il ne s’agit pas de désir d’individualité, mais tout bonnement de raisons matérielles. Je n’étais pas membre du kibboutz (on ne peut pas le devenir après trente-cinq ans), mais locataire, et, si le cadre est magnifique, le loyer est prohibitif.

Pouvez-vous nous expliquer la différence avec un kibboutz ?
On pourrait dire qu’à l’origine, et pour simplifier, le kibboutz était un système communautaire, et le mochav un système coopératif. Là aussi, je pense développer ces thèmes dans «Marcel».

Vous avez écrit de nombreux ouvrages depuis 1961, de la poésie, des romans et nouvelles. Quelle quête vous pousse à écrire ?
Ce n’est que depuis 1999 que j’écris des romans et des nouvelles, mes périodes de versification ayant été assez limitées dans le temps, et mes poèmes n’ont jamais été publiés. J’explique dans « créer pour ne pas crever » les causes de mon besoin de création, et l’écriture est l’une des manifestations de ce besoin, sans doute la plus accomplie.

Quels sont vos thèmes favoris ?
Pour répondre à cette question, je me permets d’inclure deux passages de « créer pour ne pas crever » :
« il m’importait de pouvoir exprimer des idées, des points de vue, qui ne sont pas considérés comme politiquement corrects, et qui, de ce fait, sont rarement publiées. Car cela faisait belle lurette que je constatais qu’une censure insidieuse s’était mise en place, limitant l’expression des points de vue différents de ceux d’une intelligentsia confite dans ses certitudes, avec une tendance de plus en plus marquée à vouloir interdire toute expression se dissociant de la norme. Je ne veux pas faire ici le procès du cénacle médiatique, du monde politique, du pouvoir exorbitant que se sont octroyées les associations censées défendre les droits de l’homme, la pureté de la nature ou la défense à outrance des pseudo-défavorisés. »
Bien que les activités d’ «éducation» aient rempli une bonne partie de ma vie professionnelle, je voulais aussi pouvoir parler d’autres choses que de pédagogie : Des choses importantes, telles que la renaissance de l’antisémitisme, ou que l’obsession anti israélienne de nos « élites », l’émergence d’un islam agressif en France et plus généralement en Europe, et des choses apparemment moins importantes, mais le sont-elles vraiment ? comme ce qui tourne autour des relations de pouvoir, de l’étouffement, en France, par les administrations et par une fiscalité exorbitante de toute initiative créatrice d’emploi, de notre relation au vieillissement, à la maladie et à la mort, du refus de reconnaître pour ce qu’elle est l’expulsion des juifs des pays arabes, etc. »

Pouvez-vous nous donner une idée de l’histoire que retrace votre grande série familiale qu’est Bouquet d’exils ?
« Bouquet d’exils » n’est pas « une » histoire, mais une somme d’histoires singulières qui s’entrecroisent, se complètent ou se contredisent. J’ai voulu construire un système ouvert dans lequel l’histoire des six membres d’une fratrie d’exilés, mais aussi certains de leurs conjoints et de leurs enfants évoluent, en relation avec les modifications qui se produisent en France (et dans le monde). Pour cela, l’ensemble commence par deux livres d’ouverture, « ma nostalgie » et « enracinements », et puis, chaque livre qui suit (sauf les « chroniques rurales », qui interviennent en forme de récréation) porte le nom du personnage central. Bouquet d’exils est aussi le prétexte à aborder un certain nombre d’idées essentielles pour notre temps, dont certaines sont interdites d’expression.

Dans votre dernier ouvrage « créer pour ne pas crever » vous faites le rapprochement entre le tissage et l’écriture d’un roman. Vous dîtes combien vous trouvez juste l’image des Parques qui filaient la destinée des hommes. Pouvez-vous nous en dire plus ?
On dit parfois, en plaisantant, que « tout est dans tout », et on ajoute, pour bien marquer qu’il s’agit d’une plaisanterie, « et réciproquement ». Bien sûr, on peut trouver des analogies entre écriture et tissage. Certains termes peuvent renforcer cette idée : on parle de filer une intrigue, de la trame d’un récit (avez-vous remarqué que les plus grands auteurs se sont lourdement trompé, parlant d’un vêtement « usé jusqu’à la trame », alors que c’est lorsque la chaine lâche à son tour que le tissu est vraiment usé). On parle de la couleur, de la tonalité ou du rythme d’un tissu, et cela peut s’appliquer au tissage, mais aussi bien à la peinture ou à la musique. Et si l’image des Parques, filant le fil de la vie et le coupant, s’applique particulièrement bien au romancier, qui crée ses personnages, les font vivre (avec plus ou moins de bonheur), et décident de leur mort quand il le juge bon, on peut aussi bien le comparer à Zeus, sortant de sa tête des personnages, en modifiant d’autres, à sa volonté.
Mais tout cela est un peu fantaisiste. Ecrire est un travail laborieux, pour moi en tout cas, qui s’apparente davantage à un accouchement difficile. Et certaines de mes « grossesses » ont duré bien plus de neuf mois.

Qu’est-ce qui pousse un écrivain à se lancer dans les arts textiles ? Quelles activités pratiquez-vous dans ce domaine et depuis combien de temps ? Qui vous a appris ?
Les trois questions sont posées dans l’ordre inverse de l’ordre logique. J’y réponds donc « à l’envers ».
J’ai fait, il y a plus de cinquante ans, un stage de cinq jours au Centre national des ateliers éducatifs, qui existaient alors aux Claireaux, à Saint Rémy les Chevreuse. C’était un centre formidable pour les apprentissages d’activités artisanales, avec des enseignants très compétents, et animé par un directeur génial, René Dieleman. Je n’ai malheureusement pas pu pratiquer le tissage pendant près de cinquante ans. Mais j’y avais aussi appris les éléments de base de la sculpture sur bois, technique dans laquelle je me perfectionnais, et que j’ai pu plus tard enseigner à des élèves éducateurs.
Longtemps après, j’ai eu l’occasion de récupérer un superbe vieux métier de 120 cm de large, à navette lancée, mais à une époque où le temps et l’énergie me manquaient pour pouvoir vraiment le mettre en route. J’ai juste monté une chaine, et commencé un tissage. Ce métier est une vraie merveille, mais il est resté en France.
C’est en Israël, il y a donc huit ans, que je me suis remis au tissage, et de façon tout à fait curieuse. Il y a au kibboutz ou j’ai vécu quelques temps une « ferme des enfants », sorte de mini zoo, qui est entretenu par quelqu’un qui est vite devenu un ami. Dans cette ferme, un couple de moutons mérinos, avec chaque année un ou deux agneaux. Chaque année, la laine tondue était jetée, et ça m’a fendu le cœur. Il faut comprendre que j’ai grandi dans une économie, non pas de pauvreté, mais de pénurie : rien n’était jeté à la maison qui aurait été réutilisable. J’ai hérité de mes parents, entre autres qualités, cette aptitude à recycler les choses. J’ai donc récupéré la laine, j’ai commencé à la brosser (au début avec des brosses pour chiens !), et j’ai commencé à filer, avec une bobineuse (eh oui, c’est possible, mais ça filait « à l’envers »), puis avec une navette turque (une vraie, que j’avais achetée en Turquie chez un brocanteur) et je me suis fait un métier de type primitif. Les résultats n’étant pas très satisfaisants, j’ai décidé de m’équiper peu à peu : cardes à main, cardeuse, métier Ashford de 80 cm (le tout chez tricotin.com, bien sûr). Je me suis lancé dans des teintures à base de plantes (thé, café, noix, eucalyptus, peaux de grenades, etc.). Tout cela, je l’ai appris seul, en m’informant quand c’était possible, et en multipliant les essais et les erreurs. Il m’a même fallu apprendre à monter une chaine, car le métier sur lequel j’avais appris (de « matière et maîtrise », je ne sais pas si ça existe encore) était génial, mais sa conception était très différente des métiers classiques.

C’est en constatant que de très nombreux vêtements (souvent en bon état, notre société de consommation poussant les gens à être prodigues) étaient jetés que l’idée m’est venue de me mette aussi à la lirette. Mais, plutôt que de tisser au hasard des couleurs, j’ai pris le parti de faire ce qu’on pourrait appeler des « tableaux », je ne vois pas bien comment on pourrait les appeler : ce n’est pas de la lirette classique, qui se fait sans sujet, ce n’est pas non plus de la tapisserie classique. J’ai tissé ma première lirette (crépuscule sur le Néguev) sur le métier Ashford. C’était assez compliqué, le tissu s’enroulant dans l’ensouple, il fallait avoir une bonne idée de ce que je voulais faire, et d’où j’en étais. Et puis, j’ai eu la chance de pouvoir récupérer trois vieux métiers en très mauvais état avec des cadres de type « encroix ». J’ai réussi à en refaire deux (50 cm et 60 cm), qui conviennent bien pour la lirette. Il m’arrive aussi d’ajouter des « fils » de trame à l’aise de grosses aiguilles de bois que je me suis fait, ou du fil normal à l’aiguille à broder.
Ce qui me pousse vers les arts textiles ? À vrai dire je ne suis pas trop sûr de la réponse à donner. Il y a eu, bien sûr, les opportunités dont j’ai parlé, à un moment où je disposais de beaucoup de temps. Et puis, mon état physique ne me permet plus de sculpter, la sculpture demandant beaucoup d’énergie. Mais je retrouve dans les fibres le contact « chaud » que j’avais tant apprécié dans le bois. J’ai touché à bien d’autres activités artisanales (travail du fer, vannerie, modelage et céramique, etc.), pour lesquelles j’ai eu un plaisir mitigé, et je pense que c’est à cause du contact manuel « froid ». Et j’aime les beaux tissus, bien que je sois toujours habillé comme l’as de pique…

Quelles sont les matières que vous utilisez le plus ? Où vous fournissez-vous ?
Sauf quelques écheveaux de laine de moutons du pays, aux couleurs naturelles, que j’ai acheté à l’association des femmes bédouines de Lakiah, et du coton que je cueille sur quelques cotonniers que j’avais planté en pots, toutes les fibres que j’utilise sont de récupération. Le fil des femmes bédouines est difficile à tisser tel quel : il est destiné à faire des tapis d’un genre très particulier, et pour cela, il est très tordu. Il me faut donc le détordre, et enlever ce que je peux des impuretés abondantes.
Je profite de l’occasion pour affirmer que, contrairement à ce que croient certaines personnes ne connaissant rien au problème, les bédouins d’Israël sont très aidés, et vivent incomparablement mieux que les bédouins de pays voisins (Jordanie et Egypte, par exemple). La France pourrait être fière si elle avait fait pour ses gitans en plusieurs siècles le dixième de ce qu’a fait Israël pour ses bédouins en soixante ans. J’ai déjà parlé de la laine de mérinos, on m’a aussi donné quatre toisons d’alpaga, et un énorme stock de fibres synthétiques diverses, avec généralement des quantités assez petites de même matière et couleur.

Pouvez-vous nous décrire le processus de A à Z de la création d’un tissage ?
De A à Z, non, ce serait bien trop long, et il est facile de trouver des livres ou des conseils utiles sur Internet (en particulier chez tricotin.com). Je peux cependant dire qu’en A, il y a l’idée d’un tissu possible, avec son armure, ses couleurs et ses points, et qu’en Z, il y a la libération hors du métier du tissu fini.

Qu’est-ce qu’une lirette ?
Traditionnellement, dans les économies de pénurie, les vieux tissus étaient réutilisés. On faisait de la charpie en période de guerre, du papier avec certaines fibres, et deux types de « nouveaux » tissus : il y a surtout le patchwork, qu’il est inutile de présenter, tout le monde connaît ça, et la lirette, qui consiste à découper des vieux tissus en bandes assez étroites, et à les utiliser en trame sur une chaine de fil. Comme je l’ai déjà dit, je prends plaisir à travailler cette technique un peu comme une tapisserie, et de faire des « tableaux ».

Vous qui avez été animateur socioculturel pendant de longues années, auriez-vous des conseils ou méthodes efficaces pour l’apprentissage du tissage ?
J’ai aussi enseigné de futurs éducateurs et j’ai été longtemps responsable d’un « lieu de vie » accueillant des enfants en grande difficulté. Je pense que, quel que soit l’enseignement que l’on veut transmettre, l’essentiel est de faire très vite découvrir le plaisir que l’on a à comprendre des choses nouvelles, à mieux appréhender le monde qui nous entoure, et à repérer en soi de nouvelles potentialités.. C’est aussi vrai pour le tissage que pour les maths, pour la poterie que pour la géographie ou l’histoire. Je ne pense pas qu’il y ait de meilleure « méthode », les besoins d’aide de chacun étant différents. Je sais, par exemple, qu’en ce qui me concerne, je suis très autodidacte : j’aime, quitte à perdre du temps, découvrir par moi-même les marches à suivre possibles, en essayer plusieurs, et choisir celle qui me convient le mieux. J’ai aussi beaucoup appris dans certains domaines, en cuisine par exemple, en regardant travailler des professionnels. D’autres auront besoin au contraire d’un guidage rigide et précis. Et puis, si on compare des méthodes différentes, on constate qu’il y a souvent des contradictions entre elles. Querelles de chapelles, s’apparentant à celle des gros-boutiens et des petits-boutiens de Gulliver ? Je préfère conseiller à chacun d’expérimenter, et d’éventuellement créer sa propre méthode.

Combien avez-vous d’enfants ? Vivent-ils près de vous ? Est-ce que comme vous les activités artisanales et manuelles sont importantes dans leur vie ?
J’ai quatre enfants, (et six petits-enfants) qui vivent loin de moi. Je pense leur avoir transmis le plaisir d’être en même temps « intellectuels » et « manuels, et de vivre ce qu’ils font avec passion.

Vous faites des Bonsaïs. Est-ce que c’est un retour vers vos premières amours : l’horticulture et les arts paysagers ?
J’aime les arbres. Je produis, pour m’amuser, par semis ou par bouture, quelques arbres méditerranéens, mais surtout des arbres tropicaux. Le bonsaï permet de cultiver beaucoup d’arbres sur un espace limité, et de faire un travail qui s’apparente à la sculpture. Je ne suis pas un contemplatif, mais il m’arrive néanmoins de rêver en regardant un bonsaï. C’est davantage dans l’aménagement de mon jardin que je retrouve ce que vous appelez mes premières amours. Mais l’énergie me manque de plus en plus pour ce genre de travail.

Dans votre dernier livre, vous citez Nietzsche « Créer, voilà la grande délivrance de la souffrance, voilà ce qui rend la vie légère. » Est-ce que création de romans et d’œuvres textiles vous a aidé et vous aide toujours à surmonter les difficultés de la vie ?
Sans aucun doute. J’explique dans ce livre que j’ai créé tout au long de ma vie d’adulte, dans des domaines très variés, et que ça m’a aidé à surmonter bien des difficultés. Aujourd’hui, romans, œuvres textiles, bonsaïs, également tableaux de collage, beaucoup surtout à base de plumes, mais aussi de fleurs, de graines, d’os, et autres éléments naturels, et d’écriture hébraïque. Je pense qu’en créant, en écrivant surtout, mais aussi par mes tableaux ou mes tissages, j’exprime des choses. Ces choses sont-elles comprises ? Ceci est une autre histoire…

Où peut-on vous trouver ? Acheter vos livres, vos œuvres tissées ?
On peut me trouver (en cherchant bien) en Israël. Mes livres sont édités chez « édilivre », où on peut les commander. Mais on peut aussi passer par Amazon et les autres grands distributeurs, ou demander au libraire de votre quartier de les commander. Ceux qui sont abonnés à une bibliothèque publique peuvent en demander l’acquisition à leur bibliothécaire (en plusieurs exemplaires de préférence, afin de pouvoir satisfaire les innombrables lecteurs potentiels). Pour mes autres productions, je n’ai pas de réseau de vente.

Et puis une dernière question pour nous mettre en appétit. Vous êtes un passionné de cuisine et fin gourmet. Quelle est votre spécialité culinaire ?
Passionné de cuisine, oui (comme de tout ce que je fais…). Fin gourmet, je ne sais pas, je pense surtout être gourmand, j’aime manger. Quant à mes spécialités, il y en a beaucoup… Du temps que j’étais fermier aubergiste, mes hôtes ont particulièrement aimé mes pigeons (désossés) farcis et mes gigots de cabri farcis, accompagnés d’une sauce aigre douce à la figue. En fait, ma « spécialité » varie suivant les périodes. Actuellement, j’aime préparer des poissons gras (truite, perche, saumon, saint-pierre, etc.) en gelée de citron. Mais je m’inspire aussi bien des cuisines maghrébines, orientales et extrême-orientales, voire mexicaines. Et, s’il m’arrive souvent de lire des recettes pas curiosité, je cuisine ensuite à mon idée…

Merci beaucoup Raphael d’avoir répondu à mes questions !

Visitez le Site internet  de Raphael Mezrahi.

Article & interview : Flore Vallery-Radot
Photographie : Raphael Mizrahi

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IN ENGLISH

I was lucky to meet “virtually” with Raphael Mizrahi because he is a faithful client of our e-boutique: Tricotin.com. When he is not writing his books, and amongst many other activities, he weaves. He spins the wool or cotton himself, for his weaving. He starts from scratch, with the fleece or the cotton flower he grows in his garden then cards these fibres, spins and weaves them into stoles, vests, table mats or cushions. 

There is poetry in his woven pieces and his choice of colours. His A to Z method, from the sheep to the cushion is a sort of Zen activity, long and liberating. His creation policy, using only wool available close to him which he saves from destruction and fabrics he recycles to weave wall hangings called “lirettes”.

Raphael Mizrahi is an Israeli writer who, after a life of adventures starting from Egypt, then going through many French regions, decided to settle in a Moshav in Israel to take time to write, create and garden. He is a charming man, always full of projects, and it has been a while since I wanted to know more about his adventures, his passion for fibre arts and the link between the two. 

He was kind enough to accept my interview and my incessant requests for more photos! Thank you from the bottom of my heart Raphael!

 

 

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INTERVIEW

Where were you born and where do you live now?
I was born in 1938, in Egypt, in Cairo. When I was fourteen, I left for France where I lived until after I retired. I have moved to Israel in 2005

Do you have memories of your childhood in Cairo?
This is too big a question : one usually keeps a lot of memories from the first fourteen years of life. I talk about it in my book « ma nostalgie », the first of my series « Bouquet d’exils ».

And about your arrival in France?
These memories inspired my novel « enracinements », the second book of my series. In both novels, Marc, the narrator, steals a lot of my memories. But it is truly a novel; I transposed my memories in it. There is also the question of the veracity of memories: whether you want it or not, time alters memory, erasing some parts, emphasising others and making some elements disappear.

Can you describe the place where you live now?
I live in a Moshav neat the town of Ofakim, in Israel. It is situated in the Eastern part of the Negev, a region of Steppes, which were nearly completely uninhabited sixty years ago.  It is now a marvel of cultures, where birds in particular are thriving and offer us permanent concerts. It is a zone that is permanently the target of « quassams », which some imbeciles call harmless. I suggest they come to live here with their children near the border with Gaza during a “hot” period. 

You have done many jobs in the past. Which one has had the most influence on you?
All of them. I have always worked with passion. I never hesitated to quit a job because I had seen all of it. I was lucky enough that a part of my professional life took place during the post-war economic boom. I can nevertheless say that the work I found most rewarding was when I taught to adults: special needs teachers to be, woodwork and intellectual work methodology. The institutional constraints have had their toll on me…

You have lived in a Kibbutz for 9 months. How was it?
I very quickly realised that like most Kibbutz, the community life was on the verge of disappearing.  Kibbutzes unfortunately are all extinct. It would be too long to explain here. I think of writing a novel on the subject called « Marcel ».

Then you spent 5 years in a Moshav, was it the need of more individual freedom?
I have spent 5 years in a Moshav, and I have been living in another one for 3 years. No it is not a desire for individuality but simply for financial reasons. I wasn’t a member of the Kibbutz, one cannot become a member if older than 35. I was a tenant, even if the environment is amazing, the rent is much too high. 

Can you explain the difference between a Kibbutz and a Moshav?
Originally and to simplify, Kibbutz were based on a communitarian system, Moshavs are based on a cooperative system. I will develop these themes in my next book “Marcel”.

You have written many books since 1961, poetry, novels and short stories. What drives you to write?
It is only in 1999 that I started to write novels and short stories. Prior to that I wrote poetry during different short periods and never published them. I explain in my book « créer pour ne pas crever » what causes my need to create, and writing is one of the manifestations of this need, probably the most accomplished.

What are your favourite themes?
To answer this question allow me to give you a short quote of my last book:

«it was important for me to be able to express my ideas, my point of view which are not considered as politically correct and because of it, are rarely published. It was a while since I noticed that an insidious censorship had taken place, limiting the ability for one to express views different from an intelligentsia pickled in its convictions with a strong tendency to forbid any expression of thought dissociated from the norm. I do not want to put on trial the media, the political world, and the incredible power that the organisations supposed to defend the human rights, the purity of nature, and the over-defence of the unprivileged, have gathered for themselves.” “Despite the fact that the subject of education filled up most of my professional life, I would like to talk about other things than pedagogy: important things, and apparently less important things such as the rebirth of anti-Semitism and the anti Israeli obsession of our ruling elite, the emergence of an aggressive Islam in France and more generally in Europe and some even less important things, but are they really? I am thinking of our relation with aging, with disease and death, the negation of the Jews’ expulsion from Arab countries, etc.”

What is your big series “Bouquet d’exils” about?
« Bouquet d’exils » is not « a » story but a sum of singular stories intertwined, sometimes completing or even contradicting each other. I wanted to construct an open system in which the story of 6 members of a family in exile, their partners and children evolve within the changes happening in France and the World. The idea was to talk about essential ideas of our time some of which people are forbidden to express.

In your last work « créer pour ne pas crever » you find links between the craft of weaving and the art of writing a novel.  You explain how you find exact the image of the Fates spinning humankind. Can you tell us more about that?
Sometimes people say « everything is in everything », and we add, to explain that it is a joke, « and inversely ». Of course, one can find analogies between writing and weaving. Some terms can reinforce this idea. In French we say “spinning and intrigue”, “the warp of a story”. (Have you noticed that the greatest writers have failed in describing a used cloth saying “it is used to the weft” when it is in fact the warp which goes first.) We speak about the colour, the tone or the rhythm of a fabric; it can apply to weaving but also to music or painting. If the image of the Fates spinning the yarn of life, cutting it, applies particularly well to the novelist who creates his own characters, make them live (with more or less happiness) and decide of the death when they judge it is the right time. We can also compare the writer to Zeus, pulling characters out of his head, modifying others as he wishes. But all this is a bit of a joke. Writing is a laborious work, for me at least, it is closer to the long and difficult labour before giving birth. Some of my “pregnancies” have lasted a lot more than nine months.

What draws a writer to textile arts? Which textile art do you enjoy and for how many years now? Who taught you?
The three questions are asked in an order opposite to logic.

Fifty years ago I took a class at the “Centre national des ateliers éducatifs” in Saint Rémy les Chevreuse, near Paris. It was a wonderful place to learn different crafts. The teachers were very good, the director, René Dieleman was a great man.
I haven’t been able to practice weaving for fifty years but I had learnt the basics. I learnt also woodwork, a technique I managed to master and later taught.
Many years later, I had the opportunity to get an old and superb 120cm wide loom with boat shuttle, but at the time, I was lacking time and energy to really get it to work. I eventually warped it and started to weave. It is a truly marvelous loom but unfortunately it is still in France.
It was in Israel, eight years ago, when I went back to weaving, in curious circumstances. In the Kibbutz I was living in for a few months there was a “children farm”, a sort of mini zoo which was maintained by someone who soon became my friend. In this farm there were a couple of merino sheep, and each year a couple of lambs. Every time they were shorn, the fleeces were discarded which broke my heart. You see, I grew up with the sense of economy, not in poverty, but penury more so. At home, nothing that was reusable was thrown away. I inherited from my parents, amongst other qualities, this ability to recycle things. I salvaged the wool and started to brush it (with dog’s brushes to start with!) and I started to spin with a ball winder. Yes! It’s possible and it would spin backwards. Then I began to spin with a Turkish spindle, a real one which I bought in Turkey in an Antique shop. I made myself a primitive loom. The results were not very satisfying, so I decided to equip myself: hand carders, drum carder, Ashford table loom 80cm and 4 shafts (everything coming from Tricotin.com of course). Then I launched myself into plant based dyes: tea, coffee, nuts, eucalyptus, pomegranate’s skin, etc.  I learnt it all by myself, getting information whenever possible, and multiplying trials and errors. I even had to learn to warp a loom again, because the loom on which I had learnt from « matière et maîtrise », I don’t know if it still exists, was a great loom but very different from the classical looms.
It is when I realised that numerous clothes, even in perfect state and condition which our consumers society pushes people to buy, were discarded, the idea of weaving my “lirettes” wall hanging came to my mind. It is not the classic lirette, a plain fabric and not a tapestry, they are more “paintings”, I don’t know what to call them. I wove my first one called Dusk on the Negev on my Ashford loom. It was quite complicated; the fabric got caught in the back beam. I had to have a pretty clear idea of what I wanted to do and where I was at.
Then I was lucky, someone gave me three old looms in a very bad state, the frame kind. I managed to make two new looms out of them (50cm and 60cm), which are perfect for my lirettes. I sometimes add thick weft yarns using big wooden needles I made, or if the yarns are thin, I use a tapestry needle.
What draws me to the textile arts? To tell you the truth, I am not sure. There was of course the opportunities I spoke about before, when I had a lot of time on my hands. My health doesn’t allow me to sculpt wood any more. Sculpture is very demanding. I find that the warm contact with fibres is close to the contact I had with wood. I have also practiced different crafts such as iron work, basketry, 
modelling and ceramic. I didn’t have the same contact, or interest for them. I guess that was because of their cold touch. I like beautiful fabrics very much, even if I am dressed like a scarecrow…

What material do you use and where to you source them?
Except a few skeins of wool from the country, in the sheep’s natural colours, I bought from the Bedouin women of Lakiah and some cotton I pick from the few cotton plants I grow in pots. All the fibres that I used are given to me. The Bedouin’s yarn is hard to weave as it is. It is destined to weave very particular rugs. It is over-twisted so it needs to be untwisted and cleaned from the abundant matter attached to it.
I take this opportunity to reaffirm that, despite what some people think, who do not know anything about the problem, that Israel’s Bedouin are treated and live far better than those of the neighbouring countries such as Jordan and Egypt. France would be proud if it had done as much in several centuries for its gypsies that Israel has done for its Bedouins in sixty years.
I have already talked about merino fleeces, I have also been given four alpaca fleeces and a huge stock of synthetic fibres which are generally small quantities of each colour.

Can you describe the A to Z process of weaving?
From A to Z, no, it would be too long. It is easy to find books and advice on the internet (especially on Tricotin.com). What I can say is that A is the idea of the possible cloth, it’s weaving pattern, its colours and Z is the moment when the cloth is freed from the loom.

What is a lirette?
Traditionally, in penury, old fabrics were used. During war times, rags were used, paper was made from certain fibres, and two types of new fabrics such as patchwork which you know and also the lirette, which consists in cutting old fabrics in narrow bands and use them as weft on a yarn warp. As I already said before, I like this technique very much, a bit like tapestry, I create pictures. 

You have been a socio-cultural worker for many years, do you have efficient methods or advice to teach weaving?
I also taught students studying social work and have managed a “lieu de vie” (home) for children in great difficulty. I think that whatever the type of teaching you want to do, the main thing is to make people discover the pleasure behind understanding new things.
This works with weaving as much as it does for maths, pottery, geography or history. I think there isn’t a better method, the needs of each individual are different. I am, for example, very autodidact, I like to discover by myself even if it means to lose time. I like to try different paths and chose the one which will suit me better. I also learnt a lot in cooking for example, by watching professionals work. Others would need a more precise and rigid guidance. Then, if you compare different methods, you will see that they often contradict each other a bit like the quarrel between the “
gros-boutiens” and the “petits-boutiens” in Gulliver. I think people need to experiment and even create their own method. 

How many children do you have? Do they live close to you? Are manual activities important in their life as well?
I have four children and six grand children who all live far from me. I think I have passed on the pleasure of being both intellectual and manual and also of doing what they do with passion.

You create bonsais. Is that a way to go back to you first love: horticulture and landscaping?
I love trees. I produce, for the fun of it, by sowing or grafting, a few Mediterranean trees but mostly tropical trees. Bonsais allow you to cultivate many trees in a limited space and to do a work that is very close to sculpture. I am not the contemplative kind but I do dream when I see a bonsai. It is more in my garden that I go back to what you call my first love. But I lack more and more the energy for that type of work.

In your last book, you quote Nietzsche « Create, this is what frees you from pain, this is what makes life lighter”. Has the creation of textile works and novels helped you to get over life’s difficulties?
Without the shadow of a doubt. I explain in this last book that everything I have created during my adult life, in various domains, has helped me face many difficulties. Today, novels, textile work, collages using mainly feathers but also flowers, seeds, bones and natural elements and Hebraic calligraphy. Is my work understood? This is another story…..

Where can we find you and buy your books or your textile work?
You can find me (if you look well) in Israel. My books are edited by « édilivre », where they can be ordered. Amazon sells them also as well as many other distributors. You can also ask your local bookshop to order them. Those who have a library card can ask their library to purchase them. (In many copies to satisfy the numerous potential readers). For my textile work, I do not have a distribution network.

Last question, you are a fine gourmet, passionate about cooking. What is your culinary speciality?
Passionate about cooking, yes, like everything I do. Fine gourmet, I don’t know, I think I like to eat, I am a foodie. When I was a farmer-inn-keeper, my guests particularly liked my deboned stuffed pigeons, my stuffed leg of goat with its sweet and sour fig sauce. In fact, my speciality varies according to the season. At the moment, I like to prepare fatty fish such as trout, perch, salmon or Saint-Pierre (dory) in a lemon jelly. I get my inspiration from the Maghreb, the middle-eastern and far-eastern cuisine, even from Mexico. If I happen to read the recipes by curiosity, I like to cook them in my own style. 

Thank you very much Raphael for accepting this interview!

Visit Raphael Mezrahi’s Website.

Article & interview : Flore Vallery-Radot
Photography : Raphael Mizrahi

{interview} Diāna Granta donne vie à la laine

{interview} Diāna Granta brings wool to life

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Diāna Granta donne vie à ses personnages feutrés.

 Diāna Granta brings her felted characters to life.

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Diāna Granta aime les visages souriants. Il n’y a pas que les lèvres mais les joues avec leurs fossettes, les yeux joyeux…

Diāna Granta likes smiling faces. The smile doesn’t only come from the mouth, but also the cheeks and their dimples, the happy eyes…

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 Diāna Granta propose de feutrer aussi des couples. Elle explique que c’est un super cadeau de mariage !

Diāna Granta also felts couples – “The perfect wedding gift!” she explains.

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Les hommes étaient au début des acheteurs rares, aujourd’hui elle reçoit plus de commandes de la gente masculine.

Men rarely ordered a wool portrait at the beginning, but now more and more of them do.

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Voici Evelina, charmante et délicate jeune fille, le plus jeune modèle jamais feutré par Diāna Granta.

Here is Evelina, a charming and delicate young girl, the youngest model ever felted by Diāna Granta.

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Diāna Granta feutre à l’aide d’aiguilles très fines dont la forme ressemble à celle d’un harpon. Le support, qui vient amortir les coups d’aiguille est en mousse.

 Diāna Granta felts with very fine needles in the shape of a harpoon. She uses a foam square to take the needle’s stabbing.

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Sculpture en laine du compositeur letton Raimonds Pauls par Diāna Granta.

Wool sculpture of the Latvian composer Raimonds Pauls by Diāna Granta.

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Portrait en laine par Diāna Granta.

Wool portrait by Diāna Granta.

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Portrait en laine par Diāna Granta.

Wool portrait by Diāna Granta.

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La belle dame menthe, sculpture de Diāna Granta.

The pretty mint lady sculpture by Diāna Granta.

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Voici le portrait de Zita par Diāna Granta. C’est une femme d’affaires prospère, elle n’est pas à son bureau mais visite une expo d’art contemporain à Rome.

This is the portrait of Zita by Diāna Granta, a prosperous business woman. But she was not at the office then, she was enjoying a contemporary art exhibition in Rome.

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Portrait en laine de la chanteuse lettonne Laima Vaikule sculpté par Diāna Granta.

Wool portrait of the Latvian singer Laima Vaikule sculpted by Diāna Granta.

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Diāna Granta a eu une commande des USA pour une sculpture de Michael Jackson.

Diāna Granta received an order from the USA for a sculpted Michael Jackson.

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Portrait en laine par Diāna Granta.

Wool portrait by Diāna Granta. 

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Portrait en laine par Diāna Granta.

Wool portrait by Diāna Granta.

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Diāna Granta en pleine action de feutrage sous le regard de son fils.

Diāna Granta felting with her son.

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Le bureau ou plutôt la ruche de celle qu’on surnomme la petite abeille lettone, Diāna Granta.

The desk of Diāna Granta or the hive of the little Latvian bee, as she is often called.

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Diāna Granta commence par sculpter une silhouette 3D, elle va ensuite l’habiller et lui donner vie avec des traits incroyablement réalistes.

Diāna Granta starts by creating a 3D silhouette, she will then dress up and bring to life with amazingly realistic features.

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Le coin laine de l’atelier de Diāna Granta : de la laine cardée et parfois peignée, de différentes couleurs.

The fibre corner of Diāna Granta’s workshop: carded and sometimes combed wool, in different colours.

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Diāna Granta et deux de ses sculptures de laine lors d’une interview avec la télévision lettone.

Diāna Granta and two of her felt sculptures during an interview on Latvian television.

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Portrait en laine 2D par Diāna Granta.

2D wool portrait by Diāna Granta.

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Portrait en laine de Marylin Monroe par Diāna Granta.

Wool portrait of Marilyn Monroe by Diāna Granta.

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Diāna Granta a feutré ce tableau de Mister Bean ! Il mesure 23×32 cm est fabriqué en laine cardé, mérinos feutré, préfeutre avec un cadre de bois.

Diāna Granta has felted this picture of Mister Bean! Its size is 23×32 cm. It is made of carded wool, merino wool, prefelt and a wooden frame.

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Détail du portrait de Mister Bean par Diāna Granta. Cela a démarré avec une esquisse

Detail of Mr Bean’s portrait by Diāna Granta. It all started with a sketch…

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Portrait de Diāna Granta artiste feutrière.

Portrait of felt artist Diāna Granta.

In English below 

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Diāna Granta a eu l’idée incroyable de faire des portraits sur commande, en 3D et en laine. Ses clients lui envoient quelques photos de la personne à représenter et elle s’attelle à la tâche avec des aiguilles ou petit harpons à feutrer et de la laine. Elle crée d’abord un corps. Tout nu. Puis elle l’habille de ses traits avec un grand souci du détail. Elle feutre ensuite ses vêtements et en quelques jours de travail intensif, elle  donne naissance à une sculpture très réaliste et attendrissante.

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INTERVIEW

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Où êtes-vous née et où habitez-vous aujourd’hui ?
Je suis née et je vis toujours en Lettonie, un joli petit pays européen au bord de la mer Baltique. J’habitant avant dans une petite ville  mais mes études m’ont menée à Riga, la capitale de la Lettonie.

Etiez-vous une enfant créative ?
Oui, tout à fait. Depuis toute petite, je peints et en parallèle, j’ai toujours pratiqué un grand nombre d’activités créative comme la céramique, la couture ou le tricot. J’ai ensuite fait une école d’art.  Je me souviens de toujours prendre part à de nombreux concours organisés pour les jeunes et j’ai maintenant une pile de diplômes chez mes parents.

Avez-vous grandi dans un environnement artistique ?
Pas vraiment. Je viens d’une famille très modeste. Mon père a fait de nombreux jobs différents et ma mère était gérante d’un magasin.  Aujourd’hui leur vie a changé et de temps en temps mon père prends pinceaux et peintures à l’huile et se met à peindre. Je suis très reconnaissante à mes parents de m’avoir soutenue dans mon désir d’expression créative depuis toute jeune. Il y a même eu une période pendant laquelle j’avais plus de dix activités différentes en même temps. C’était de ma propre initiative et de ma responsabilité.

Qu’avez-vous étudié ? 
J’ai fait des études de journalisme. J’ai aussi étudié dans de nombreux ateliers d’art où les cours étaient plus pratiques qu’académiques.

Pourquoi n’avez-vous pas choisi d’étudier l’art immédiatement ?
Parce que le journalisme était aussi l’une de mes passions. Déjà adolescente j’écrivais des articles dans le journal local. J’ai été présentatrice de la station de radio de ma région et j’ai participé à des ateliers d’apprentissage de la vidéo. Ca me semblait logique d’orienter mes études vers les média même si aujourd’hui je ne fais plus de journalisme. A l’époque, je n’ai jamais mis de côté ma passion pour les esquisses, le dessin et la peinture.

Pourquoi avez-vous choisi la laine comme moyen d’expression ?
Je suis très polyvalente et je peux faire plein de choses en même temps. A l’époque où je peignais, lorsque ma peinture était terminée, je ne touchais plus à mes pinceaux pendant des semaines. J’ai essayé de trouver une activité qui ne finirait pas par me lasser. Ca m’a mis du temps, et j’ai fini par trouver la laine, une passion qui m’a littéralement emportée.
Lorsque je finissais un projet, j’avais tout de suite envie de recommencer, encore et encore. Lorsque je me suis lancée dans mes sculptures de laine, j’ai cru que l’ennui allait me saisir de nouveau alors j’ai démarré une collection d’écharpes de laine. Mais ce faisant, j’ai senti que mes mains avaient envie de sculpter. Me connaissant, je n’ai pas voulu m’attacher trop profondément à la laine, pour ne pas risquer l’ennui. Mais après 4 ans, mon intérêt pour le feutre et mon envie de sculpter n’ont fait que croître.
Maintenant je peux affirmer que oui, la laine est vraiment ma matière.

Vous sculptez la laine pour former des personnages représentant des personnes de votre entourage, des stars ou des clients. Alors qu’il est aujourd’hui très tendance de se faire “imprimer” en 3D, vous, vous proposer ce concept génial ‘achetez votre version en laine”. Comment vous est venue cette idée ?
Je n’ai pas vraiment eu de révélation soudaine. Je ne me suis pas dit soudainement “bingo !” je vais créer des sculptures de laine. Non, ça ne s’est pas passé comme ça. Au tout début, je voulais savoir si je pouvais peindre avec de la laine. Je me suis demandé à quoi ça ressemblerait. Je me suis rendue compte que je pouvais me servir de la laine comme palette de couleurs, en mélangeant les teintes comme de la peinture à l’huile ou de l’acrylique. Après cette découverte, j’ai essayé de transférer mes portraits peints en personnages en trois dimensions. J’ai donc sculpté une forme humaine basée sur une ressemblance réelle. J’ai eu la chance que les gens s’intéressent à ce que je fais et du coup cela m’a permis de passer beaucoup de temps à faire des sculptures de laine.

Quelle taille font vos sculptures ?
Elles font environ 35 – 40 cm de haut. C’est la taille optimale pour une “poupée” parce que la laine est une matière très capricieuse et sur une échelle plus petite il ne serait pas possible de créer une telle ressemblance au modèle.

Est-ce que vous êtes une artiste ou un artisan ?
Si un vrai artiste c’est une personne qui a le niveau d’études approprié, un statut ou qui a organisé quelques expositions, alors je n’en suis pas, et je ne porte même pas l’un de ces fameux bérets !
Je crois que l’art c’est la capacité de créer des émotions, des images et une histoire dans chaque oeuvre. Celui qui regarde se moque de votre formation parce que l’oeuvre parle d’elle-même. Lorsqu’il a trouvé une connexion émotionnelle avec votre travail, vous êtes alors un artiste parce que pour cette personne vous avez réussi ce miracle. Je n’aime pas être classée dans un genre. Je suis autant portraitiste que sculpteur ou designer et en même temps je ne suis rien de tout ça. Et j’aime bien cette idée…

Qui sont vos clients ?
La plupart d’entre eux sont des femmes, mais j’ai de plus en plus de clients en hommes également. Généralement se sont des gens qui sont à la recherche d’un cadeau personnel et original, qui sont ouverts à de nouvelles idées et qui me font confiance. Sans confiance, je ne crois pas qu’on puisse commander le portrait d’un être aimé. J’ai beaucoup de respect pour les gens ceux qui pensent de manière non conventionnelle, ce qui osent.

Pouvez-vous nous décrire votre processus créatif ? Est-ce que vous démarrez par une esquisse ou est-ce que vous procédez de manière un peu plus intuitive ? 
Pour commencer, j’étudie avec soin les traits du visage de on modèle sous différents angles. Pour cela, j’ai besoin de 6 à 10 photos de la personne. S’il est difficile de lire les proportions faciales, alors je fais un dessin du visage pour comprendre mieux les détails qui rendent ce visage unique. Cela dit, ça n’arrive pas souvent. Lorsqu’il s’agit de peinture de laine, alors là je fais toujours une esquisse parce que j’ai besoin de comprendre les jeux de lumière et d’ombre.
Je suis certaine qu’il n’est pas possible de juste copier une image dans la laine sans intuition. L’intuition est très essentielle à mon travail.

Quel matériel utilisez-vous ?
J’essaie d’utiliser presque uniquement de la laine pour prouver qu’on peut pratiquement tout faire en laine, de la pupille d’une poupée de laine au téléphone portable qu’elle a dans la poche. Parfois, simplement pour gagner en stabilité ou pour permettre à un bras ou une jambe de bouger, j’utilise du fil de fer que je couvre ensuite de laine. Pour terminer, j’installe ma sculpture sur un socle de bois.
Pour mes peintures en laine, j’utilise de la laine uniquement et un cadre de bois. Les petits animaux de laine contiennent, eux plus de surprises dans leur ventre, clochette ou tout ce qui peut faire du bruit ce qui les rends amusants pour les enfants et même parfois les adultes.

Quelles techniques de feutrage sont-elles nécessaires à la création de vos oeuvres ? Utilisez-vous principalement des aiguilles à feutrer ou également le savon ?
J’utilise les deux techniques : aiguilles et savon. Les poupées sont faites à l’aiguille mais leurs vêtements sont très souvent feutrés au savon.

Comment parvenez-vous à atteindre un tel niveau de détail ? Ce doit être difficile de capturer l’expression du visage de quelqu’un ou ses traits. 
J’appellerais ça être courageux. Quand j’ai commencé à créer des poupées, j’ai eu le sentiment que ça allait devenir quelque chose de très bien. Et puis je n’étais pas complètement débutante dans l’art du portrait. Je l’ai étudié et pratiqué pendant pas mal de temps. En général, une fois le travail sur une poupée commencé, je ne me pose pas la question de savoir si ça va être difficile ou simple. Je procède étape par étape, détail après détail. J’apporte une attention très particulière au détail, même ceux qui semblent touts petits. Si par exemple une personne a une paupière basse, un grain de beauté sur une joue et pas l’autre, ou un sourcil plus épais que l’autre, cela peut être très important.
C’est important c’est cela qui fait une personne. Si je créais une sculpture sans grain de beauté et des sourcils identiques, la personne pourrait être déçue et je ne veux pas décevoir. Le plus important c’est bien vérifier que les photos contiennent ces informations car je vais bien entendu les remarquer et les transférer à ma sculpture.

Combien de temps vous faut-il pour créer une sculpture ?
Cela dépend du niveau de difficulté. Si les traits du visage sont clairs et que les vêtements sont simples, alors une sculpture peut s’achever en 3 jours, à coups de 6 à 8 heures de travail par jour. Si c’est plus compliqué alors cela peut prendre entre 4 et 5 jours. La plus rapide m’a pris 2 jours et la plus longue 6 jours. Je travaille par étape. Le premier jour je réalise la structure et le corps, le deuxième jour je feutre les vêtements et le troisième jour je termine par le visage et les cheveux.

Travaillez-vous seule ?
Oui, je travaille seule. C’est la spécificité de ce travail qui en fait une tâche solitaire. Si quelqu’un d’autre le faisait, il aurait un style et un résultat différent. C’est comme pour un peintre. Il ne pourrait pas vraiment son travail à un autre peintre. Cela dit, lorsque je commencer à travailler sur un nouveau personnage, je prie Dieu. Je lui demande de m’aider, de guider mes mains. Alors dans un sens, ce ne travaille jamais seule, Dieux m’accompagne dans mon travail créatif.

Pouvez-vous nous décrire votre journée typique ?
J’ai une routine quotidienne plutôt chaotique. Tout dépendant de mes enfants, s’ils se sentent bien ou pas. Si tout va bien, mon mari et moi les emmenons à la crèche. Sinon, ils restent à la maison avec moi et nous travaillons ensemble. Si les enfants ne sont pas là, alors je travaille très dur, heure après heure, parfois sans même déjeuner ou prendre un café. Rien ne peut plus m’arrêter tant je m’implique dans le processus de création. Si l’un d’entre eux est à la maison, le travail n’avance pas autant, mais j’ai aussi la nuit qui me permet de rattraper le retard. Si je suis en train de créer le corps ou les vêtements, le bruit ne me dérange pas mais dès que j’attaque le visage, j’ai besoin de silence. En fait, je peux travailler un peu n’importe où, mon studio, la campagne, au travail, ou en rendant visite du moment que j’ai de la laine avec moi, mes aiguilles et une planche.

Est-ce que vous créez vos oeuvres une par une ou avez vous conçu des collections ?
Pour le moment, je ne travaille que sur commande ce qui ne me laisse pas beaucoup de temps pour quoi que ce soit d’autre. Mais j’ai bien entendu plein d’idées que j’espère développer très bientôt.

Le nom de votre site, ZumZum, ça veut dire quoi ?
Il n’y a pas vraiment de longue histoire derrière ce nom. L’idée principale était de m’assurer que les gens puissent se souvenir du nom de mon site internet. Et c’est ZumZum qui m’est venu assez rapidement à l’esprit. Les portraits et sculptures ou poupées exigent le nom de l’artiste mais les jouets et accessoires portent très bien la marque ZumZum. J’utilise les deux en fait.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Actuellement, je travaille à deux sculptures dans le cadre d’un projet humanitaire. L’idée est de lever des fonts pour les victimes de la guerre en Ukraine. Et j’offre la possibilité de commander sa propre sculpture-portrait.

De quel projet êtes-vous la plus fière ?
Je suis très fière d’avoir démarré quelque chose comme ça. J’aurais pu choisir un job bien payé mais j’ai choisi de faire quelque chose dans lequel je crois et ça c’est ma plus grande fierté.

Quel serait le projet de vos rêves ?
J’aimerais beaucoup faire une expo de sculptures de laine en Lettonie, représentant des lettons connus et important. Nous avons de fantastiques écrivains, poètes, musiciens et artistes ! Ça serait un projet très chronophage et pour être honnête avec vous, je doute que les gens soient intéressés par l’achat de ces sculptures, c’est un si petit pays. Toutefois, je garde l’espoir de voir se projet se réaliser un jour.

Quel est votre but professionnel ?
Je ne me donne pas de buts. Je reste ouverte au monde et aux gens et chaque jour me conduit quelque part. De temps en temps je m’arrête et je regarde le chemin parcouru, et je me rends compte que j’ai réussi à faire beaucoup plus que ce que j’espérais. C’est pour cela que je n’ai pas d’objectif, j’ai l’impression que ça me restreindrait.

Où peut-on admirer vos oeuvres et les acheter ? 
On peut trouver mon travail dans des boutiques un peu partout en Lettonie – vous êtes vraiment la bienvenue dans ce pays d’ambre et de mer !  Je suis aussi présente en ligne :
Ma boutique Etsy > www.etsy.com/zumzumwool
Mon site > www.zumzum.lv où vous trouverez les dernières nouvelles ainsi que sur :
Ma page Facebook > www.facebook.com/Vilnaszumzumbode
Ce sont les sites que je mets à jour le plus fréquemment. J’utilise aussi Twitter et Pinterest sous mon nom, Diana Granta.

 

Merci du fond du coeur, Diāna pour ce moment partagé avec vous ! Bon vent à vos projets !

 

En savoir plus :

Ne manquez pas son interview filmée à la radio lettonne. On ne comprend pas le letton mais la voir avec ses sculptures de laine, presque en vrai permet de se rendre compte de leur taille.

Une autre interview filmée, vous donner encore une meilleure idée de son travail.

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IN ENGLISH

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Diāna Granta had the incredible idea of making 3D wool portraits on order. Her clients send her a few photographs of the model and she starts working with her needles or felting harpoons and wool. She starts by shaping the body, naked. She then dresses it up with clothes but also very personal features. She gives a great attention to detail. It takes her days of intense labour to give birth to a very realistic and endearing sculpture.

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INTERVIEW

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Where were you born and where do you live now?
I was born and I still live in Latvia, a nice little European country on the coast of the Baltic sea. I use to live in small town but then, because of my studies, I moved to Riga, the capital of Latvia.

Have you always been creative, even as a child?
Yes, indeed. Ever since I was a little girl I painted, parallel to that, I engaged myself into many different activities like ceramics, sewing or knitting. Later, I finished a School of Arts. I remember constantly taking part in many different competitions of art for young people, and even now there is a pile of certificates of my achievements at my parents’ place.

Have you been raised in an arty environment?
Not, really. I come from a very humble family – my dad did many different kinds of jobs, my mum was a shop manager. Now their lives have changed though, once in a while dad picks up the brush and oil colours and paints some pictures. I’m very glad that my parents supported my desire for arty expressions at a young age, there was even a period when I attended more than 10 different things at the same time and it was of my own initiative and responsibility.

What did you study?
I got a high degree in journalism. I also studied in many different art workshops where the lessons were way more practical than academic.

Why you did not choose to study the Art?
Because journalism was yet another interest of mine. Even as a teenager I wrote articles in my local newspaper, was a presenter at the radio station and attended video workshops. It seemed right to study media, although I don’t practice journalism any more. But I didn’t left art far behind, despite being busy doing my studies and later my work, I always find a moment to sketch, draw and paint.

Why did you choose wool as a mean of creation?
I’m very versatile person who can’t do the same thing all the time. I used to paint, but after I had finished a picture I didn’t wanted to pick up the brush again for weeks and I ended up searching for something I could do on regular basis without being bored. It took a while until I tried wool and I got easily carried away with passion. After I would finish working on something, it didn’t take long for me to be back in action and creating again and again.
When I started to do the wool sculptures, I thought that would be it. After only three dolls I realized I’d like to create a collection of wool scarves. When I did that, my hands wanted to do the sculpture again. Knowing me, I didn’t want to attach myself too deeply to wool in case I got bored again. Though after four years my interest and desire just grew stronger and now I can truly say – yes, wool is my material.

You sculpt wool into tall dolls representing someone you know, a star or a client. In an era when people get scanned and buy their 3D printed mini sculptures, you created this amazing product: “buy yourself in wool”. How did you get this great idea?
It wasn’t a light bulb flashing moment and I didn’t think ‘Bingo! Now I can create woollen sculptures!’ :) No, no, it wasn’t so. First of all, I wanted to know if I could paint with wool and wondered how it would look. I realised that wool can be used as palette of colours where you can mix the tints of wool just like any oil or acrylic colours. After this discovery I tried to transfer portrait paintings into 3-dimensional figures, so I started to shape physical human bodies based on real resemblance. Lucky enough, there were people who became interested in what I did, so I had a chance to practice a lot by making portrait dolls.

My sculptures are 35-40 cm tall. That is the optimal height of a doll because wool is a very capricious material. On a smaller scale it is impossible to create an adequate replica of an actual person.

Can we call you an artist?
If a real artist is the one who has had the appropriate education, the status or the one who had a few exhibitions, then I’m not an artist, and I don’t even wear one of those berets!
I think art is the ability to create emotions, images and stories from any work. To the viewer it doesn’t matter what your background is, because the work speaks for itself. When the viewer has found the emotional connection with your work, then you are an artist, because for that particular viewer you have mastered a miracle. I’m against the idea of belonging to a genre. I’m as much a portraitist as a sculptor or a designer, and at the same time, I’m none of those. And I quite like it.

Who are your clients?
Mainly women, but slowly I’m starting to get male customers as well. Generally they are folks who are searching for a very personal and unusual gift, who are open to new ideas and who can trust me. Without trust I don’t think anybody would order a portrait doll for their loved ones. I really respect how daring my clients are, and the way they think outside the box.

Can you tell us a bit more about your creative process? Do you draw your design first or is it a bit more intuitive?
First of all I carefully study the facial features of the model from many different angles. For that I need at least 6 to 10 photographs of the person. If it is difficult to ‘read’ the facial proportions then I make a drawing of the face to better understand the details which make the face unique, although this doesnt happen very often. Although, I always make sketches for my portraits when I create wool paintings because it helps me understand the game of light and shadow. I’m quite certain that it’s not possible to simply copy an image into wool without intuition, that’s why intuition is very essential to my work.

What materials do you use?
I try to use mainly wool to prove that you can make practically anything from a doll’s pupils to the mobile phones in her pocket. Just to gain stability and the ability to move a doll’s legs and arms, for work’s foundation, I use wire and then cover it with wool. To complete it I put the doll on a little wooden stand.
For portrait paintings I use only wool and wooden  frames. The little wool animals come with more surprises in their bellies – a little rattle or bell, anything that makes a sound, to make it more attractive for children or even adults.

What techniques are generally needed to create a piece? Do you felt more with needles? Do you use soap as well?
I work with both felting techniques – needle felting and soap. The dolls are done with the needle technique but their clothes are quite often done with soap.

How do you achieve such a high level of detail? It must be hard to capture someone’s expression or even features.
I would call it being brave. When I started to work with dolls, I had this inner feeling that it would turn out to be something really good. Also, I was not entirely a beginner in the art of portraits. I have studied it and practised for a while. In general, once I start to work with a new doll, I don’t really think if it will be difficult or easy, I just do it, step by step, detail after a detail. I do pay a lot attention to detail, to seemingly small details, for example, if a person has a low eye lid or beauty mark on one chin but not on the other, or maybe one eyebrow is bushier than the other – it all can be very important. It is important because this is what makes a person. If I would make a doll with two beauty marks or symmetrical eyebrows, the person could be disappointed and I don’t want to disappoint. The most important point is to make sure that the photos have these details because I will definitely notice them and add it all to the doll.

How long does it take to create one sculpture?
It depends how difficult the doll is. If the facial features are clear and the doll has simple clothes, it can be finalised within 3 days, by working from 6 to 8 hours a day. If it is more complicated then it can take up to 4 or 5 days. The shortest time was 2 days, the longest was 6. At times I make dolls in stages: day one I make the frame and the body, day two the clothes and  on the third day I would work on the face and hair.

Do you work alone?
Yes, I do work alone. One of the specificities of this work is that it is done alone. If someone else were to do it, they would have a different style and outcome. The same as with painters, a painter really cannot give his work to another painter. Saying that, before I start to work with a new doll, I pray to God. I pray to ask for his help and for him to guide me through my hands. So in that sense, I am never alone, God is with me in the creative process.

What does a typical day at work involve for you?
I have a rather chaotic daily routine. All depends on my children and if they are feeling good or not. If they are feeling fine, my husband and I take them to kindergarten. If not, they stay at home with me and we all work together. If the kids are away, I work really hard, hour after hour, sometimes even without lunch or a coffee break. I just simply cannot stop, I am so involved in the process. If one of the kids is at home, work isn’t as productive, but then again I have nights where I can try to catch up. If I am making a doll’s body or clothes, I don’t mind the noise and hustle, but once I start to work on the face, I need silence. I can actually work anywhere, my studio, the countryside, at work or visiting friends, as long as I have my wool with me, needles and a board.

Do you create only work on order or do you create collections?
At the moment I work only with orders which don’t leave much time for anything else. I have, of course, many ideas which I hope to develop fairly soon.

Your nickname ZumZum, what does that mean?
There is no real story behind it. The main idea was to make sure people could remember the name of the website fairly quickly and this came to mind. Of course, all the dolls and portraits require the name of the artist. However, toys and accessories go very well with the brand ZumZum. I actually use both my own name and ZumZum.

What are you are currently working on?
Currently I am working on two portrait dolls which are part of a charity project. The goal of the project is to raise funds for the Ukraine war victims and I am offering a chance to win a custom doll.

What is your proudest career achievement to date?
I am feeling very proud that I have actually started something like this. I could have gone for a well paid job but I have chosen to do something I believe in, and that is my greatest achievement.

What would be your dream project?
I would love to do an exhibition in Latvia with portrait dolls of famous and important Latvian people. We have such fantastic writers, poets, musicians and artists! It would be a very time consuming project and to be honest, I doubt if anyone would be interested in buying the dolls since this is such a small country! However I hope I will have an opportunity to make it happen.

Professionally, what is your goal?
I don’t set goals – I am open to the world and people, and every day takes me somewhere. At times I stop and look back and realise that I have achieved even more than I was hoping for. That’s why I don’t set goals, they seem to be restricting.

Where can we see your work and buy it? 
You can buy my work at various arts and crafts shops in Latvia – you are most welcome to visit the wonderful amber and sea country! Also, I have online presence at www.etsy.com/zumzumwool , the latest news you can find on my website www.zumzum.lv and you may follow me on www.facebook.com/Vilnaszumzumbode . These are sites which are updated the most frequently. I also use Twitter and Pinterest under my name Diana Granta.

Thank you Diāna from the bottom of my heart for this special moment shared with you! I wish you the best of luck for your current and future projects!

 

To learn more:
Do not miss her filmed interview on Latvian Radio. Even if you do not understand the language, it gives a good idea of the size of her wool sculptures. It feels as if you saw them in real life. There is another filmed interview which will give you a good idea of what her work looks like.

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