Tissage - weaving Archives - Flore Vallery-Radot

{interview} Soierie Vivante : sauvegarde du patrimoine de la soie à Lyon

Association Soierie Vivante - Interview - transmettre le savoir pour le sauver sur Tricotine.com

L’ancien atelier-appartement de Madame Létourneau est l’un des derniers véritables ateliers-maison de canuts de la Croix-Rousse à Lyon. Sauvés par l’association Soierie Vivante vous pourrez admirer ces imposants métiers de passementerie en noyer ouvragé.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - transmettre le savoir du tissage sur Tricotine.com

L’association Soieries vivantes se tourne aussi vers les nouvelles générations et offre des cours de découverte et d’initiation au tissage aux enfants.
Photo : Ludivine Machado

Association Soierie Vivante - Interview - sauver les tissages de Lyon sur Tricotine.com

Grâce à la démarche de ce groupe de passionnés, la préservation de ces machines ancienne et du savoir faire de tissage et de passementerie est préservé.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - sauver les soiries de Lyon sur Tricotine.com

Les ateliers transformés en musée vivant se visitent.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - sauver les metiers a tisser sur Tricotine.com

Si vous passez par Lyon, une visite s’impose à ces témoins de l’âge d’or de la soie qu’a connu la ville.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - sauvegarder les soiries de Lyon sur Tricotine.com

La beauté de ces machines est indéniable. La beauté des textile qui en sortent est fabuleuse.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - passementerie et tissage sur Tricotine.com

Les fils les plus utilisés sont les fils de soie, d’argent et d’or.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - musee lyonnais sur Tricotine.com

La cuisine de l’appartement-atelier de Madame Madame Létourneau.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - musee lyonnais de la soie sur Tricotine.com

La cuisine de l’appartement-atelier de Madame Madame Létourneau.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - metier jacquard sur Tricotine.com
Cartes percées créant un  motif. Les aiguilles viennent soie buter soit passer à travers le carton.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - decouverte des metiers jacquard sur Tricotine.com

Démonstration de la mécanique jacquard.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - aidez a sauver la tradition sur Tricotine.com

Détail d’un métier à passementerie. Plusieurs galons sont tissés simultanément. Ces bandes au décor riche souvent tissés de fils d’or sont la plupart du temps fabriquées pour l’armée, l’église et l’ameublement.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - a Lyon sur Tricotine.com

L’association a pour but de redonner vie aux métiers à tisser et de les faire fonctionner ‘en vrai’.
Photo : Maxime Brochier

Association Soie Vivante - Interview - Details metier de faconne sur Tricotine.com

Explication du fonctionnement d’un métier de façonné.
Photo : Maxime Brochier

Association Soierie Vivante - Interview - transmettre le savoir sur Tricotine.com

Initiation au tissage pour les enfants.
Photo :

 

Hélène Carleschi, animatrice du patrimoine à l’association Soierie vivante, a accepté de répondre à nos questions.

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INTERVIEW

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Comment vous êtes-vous lancée dans l’aventure de cette association, comment cette dernière est-elle née ?
Me concernant, j’ai joint l’association en 2006, à l’occasion de mon stage dans le domaine du guidage. J’ai été très séduite par le fait d’apprendre à tisser pour l’expliquer au public, et aussi par le potentiel énorme des activités pour enfants, qui étaient alors en développement. Après mon stage, je suis restée faire du bénévolat quelques temps, puis j’ai pu être embauchée à mi-temps, puis 3/4 temps et enfin à plein temps :-) cela fait bientôt 10 ans que je travaille à Soierie Vivante, et j’ai toujours autant de plaisir à accueillir le public, montrer le fonctionnement des métiers à tisser, ou animer les activités pour enfants…
Concernant l’association, elle est née en 1993 grâce à Henriette Jeanne Létourneau, maître passementière qui avait vendu son atelier à la Ville de Lyon en prenant sa retraite, pour créer un atelier culturel. Après 10 ans sans que rien ne se passe, elle a été très surprise et déçue de voir que la Ville allait, en 1992, transformer son ancien atelier en logement de fonction, et que ses anciens métiers à tisser allaient être remontés dans les réserves de la Ville. Elle tenait vraiment à ce que l’ensemble (les métiers + l’atelier) soit préservé comme un tout. Après quelques “remous” (pétitions, articles dans la presse…), ses amis l’ont incitée à créer une association de sauvegarde du patrimoine, qui s’appellera donc Soierie Vivante!

De quels métiers parlez-vous ?
Aujourd’hui nous présentons au public 2 anciens ateliers de tissage: le siège de l’association s’appelle l’atelier municipal de passementerie, c’est lui qui appartenait à Madame Létourneau. Dans cet atelier se trouvent des métiers à tisser de passementerie, datant de 1750 à 1890, qui fonctionnent pendant les visites, et qui réalisaient autrefois quotidiennement des galons pour l’armée, des ornements d’église…
L’association présente aussi un deuxième lieu au public, l’atelier municipal de tissage, où se trouvent un métier à bras, datant de 1860, et 2 métiers mécaniques des années 1950. Nous faisons des démonstrations de tissage sur ces métiers. Le local de l’atelier municipal de tissage se visite aussi, nous avons conservé la partie “vie de famille: l’ancienne cuisine, et la “soupente”, chambre à coucher en mezzanine au dessus de la cuisine. Les familles vivaient et travaillaient sur le même lieu.
Nous avons aussi des petits métiers à tisser, utilisés pendant nos activités de tissage, avec des enfants ou des adultes, mais ceux-ci sont récents: ils datent de 2007, et ont été conçus par nos bénévoles…

Que risquent ces anciens ateliers sans votre intervention ?
L’association a pour but de présenter des métiers à tisser “dans leur jus”, c’est-à-dire dans leur lieu d’origine. C’est grâce à Soierie Vivante que l’atelier de tissage est devenu municipal en 2013. C’est en effet l’association qui a proposé son achat à la Ville. Cet atelier appartenait à Madame Fighiera, qui le louait à l’association pour qu’elle puisse le présenter au public. La Ville de Lyon, après avoir acheté l’atelier de tissage, l’a fait mettre aux normes de sécurité, et a fait confiance à Soierie Vivante pour le présenter au public.
Soierie Vivante s’occupe de l’entretien des métiers à tisser, en les faisant fonctionner régulièrement (même si nous ne faisons pas de production), et de faire connaître ses ateliers au public le plus large.

Avez-vous des buts précis pour l’année 2016 ? Organisez-vous des événements/projets dans les prochains mois ?
Nous n’avons pas de projet particulier pour 2016, outre les manifestations auxquelles nous participons régulièrement : journées du patrimoine, forum des associations, nos activités pour enfants… Et nos visites, bien entendu. Nos locaux étant petits, nous ne pouvons pas organiser d’expositions…

Que pouvez-vous conseiller à nos lecteurs pour vous aider ?
Soierie Vivante est une petite association, qui compte environ 250 adhérents, amoureux du patrimoine lyonnais et souhaitant le préserver. En tant qu’association d’intérêt général, l’adhésion est déductible des impôts. Nous serions ravis si vos lecteurs souhaitent adhérer à Soierie Vivante.
Nous sommes également à la recherche de nouveaux bénévoles, pour nous aider dans nos activités quotidiennes. Nous formons bien sûr les bénévoles!

Merci beaucoup Hélène pour tout ce que vous faites ! Et merci de nous avoir fait prendre conscience de la nécessité de garder ces machines en fonctionnement et le savoir-faire qui leur est attaché vivant.
En ces temps sombres où le musée des tissus de Lyon, plus grand et riche musée de ce type dans le monde, est sur le point de fermer ses portes (voir ce numéro de la Gazette des arts textile de Tricotin.com), il est vital que l’on préserve le dernier atelier-maison de canut de Lyon en état de fonctionnement. Sans la démarche de généreux bénévoles et de passionnés ces morceaux d’histoire en seraient plus que des photos et schémas dans des livres. Les passionnés d’histoire et d’arts textiles vous disent merci.

J’encourage ceux qui s’intéressent au tissage et à l’histoire de la naissance et du déclin des soieries lyonnaises depuis le rêve de Louis XI en 1466 jusqu’à nos jours, à lire la section Patrimoine du site Soierie vivante. Elle est concise et bien faite.

 

NOTE : Certaines photos ont été “découpées” pour entrer dans la page de blog verticale. Pour voir les originaux, rendez-vous sur le site de l’association par ici pour le tissage et par là pour la passementerie.

PLUS D’INFOS :
le site de l’association
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{interview} RAPHAEL MIZRAHI, il tisse les fibres et les mots

{interview} Raphael MIZRAHI, the words and wool weaver


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^  Dans le salon de Raphael Mizrahi les coussins sont tissés à la main.

  In Raphael Mizrahi’s living room the cushions are handwoven.

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^  Le quartier Raphael Mizrahi dans un mochav qui jouxte la ville d’Ofakim, dans le Néguev oriental, en Israël.

Raphael Mizrahi’s street in a Moshav next to the city of Ofakim, in the eastern part of the Negev, Israel.

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^  Raphael Mizrahi a une passion pour les bonsaïs. Il en crée de toutes sortes et particulièrement des essences locales.

Raphael Mizrahi has a passion for bonsais. He creates all sorts of them using mainly local trees.

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^  Raphael Mizrahi cultive également le coton qu’il file ensuite au rouet pour réaliser ses tissages.

Raphael Mizrahi also grows cotton plants. He cards and spins its fibres for his weaving.

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^  Raphael Mizrahi aime recycler, notamment les tissus qu’il découpe et tisse pour créer des paysages. Ce sont ses lirettes.

Raphael Mizrahi like to recycle especially fabrics which he cuts and weaves into landscapes. He calls them his “lirettes”.

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^  A la table de Raphael Mizrahi on mange très bien et joliment. Les sets de table sont tissés sur son métier.

 At Raphael Mizrahi’s table you eat very well and in style. The table mats are woven on his loom.

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^  Tissage de Raphael Mizrahi.

Raphael Mizrahi’s weaving.

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^  L’atelier Raphael Mizrahi avec son métier de table 4 cadres sur pied et à pédales et son rouet Joy, tous les deux de chez Ashford et, nous en sommes fiers, de la boutique Tricotin.com.

Raphael Mizrahi’s workshop : he has a 4 shafts table loom and a stand with treadles and a Joy spinning wheel, both from Ashford, bought, and we are quite proud, in Tricotin.com’s e-store.

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^  Paysage du Néguev. Tissage de Raphael Mizrahi.

Negev landscape. Weaving by Raphael Mizrahi.

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^  Tissage de Raphael Mizrahi.

Raphael Mizrahi’s weaving.

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^  Toison de mouton en provenance du Kibboutz voisin qui sera lavée, écharpillée, cardée, filée puis tissée par Raphael Mizrahi.

Sheep fleece from the nearby Kibbutz which will be scoured, teased, carded, spun and woven by Raphael Mizrahi.

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^  Planche à écharpiller pour écarter les fibres de la toison avant de les fils ou de les carder.

Teasing tool used to prepare the lock of wool before spinning or carding.

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^  Grosse bobine de laine filée à la main par Raphael Mizrahi.

Large wool bobbin of Raphael Mizrahi’s handspun yarn.

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^  Echeveaux de fils filés main par Raphael Mizrahi.

Raphael Mizrahi handspun skeins.

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^  Le fil de chaîne est maintenant sur l’ourdissoir, prêt à être ourdi puis tissé sur le métier de table de Raphael Mizrahi.

The warp is now on the warping frame, ready to be warped and woven on Raphael Mizrahi’s table loom.

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^  Portrait de Raphael Mizrahi.

Raphael Mizrahi’s portrait.

 

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J’ai eu la chance de rencontrer Raphael Mizrahi “virtuellement” car c’est un fidèle client de la boutique Tricotin.com. Lorsqu’il n’écrit pas ses livres, entre autres et nombreuses activités, il tisse. C’est lui-même qui file la laine et le coton pour ses tissages. Il démarre de la toison de mouton ou de la jolie fleur de coton de son jardin puis carde ces fibres, les file à l’aide d’un fuseau turc ou d’un rouet et enfin, il ourdit son métier et tisse des étoles, des vestes, des sets de table ou des coussins.

Il y a  beaucoup de poésie dans ses tissages et dans le choix des couleurs. Sa démarche “A à Z” : du mouton au coussin est une sorte de pratique zen, longue et libératrice. Sa politique de création par le sauvetage est une si bonne idée. Il file uniquement les fibres disponibles autour de lui pour les sauver de la perte.  Il utilise aussi les chutes de tissus voués à la poubelle ou l’oubli qu’il recycle pour créer des lirettes ou tableaux tissés.

Raphael Mizrahi est un écrivain israélien qui après une vie d’aventures commençant dans l’Egypte de son enfance, passant par plusieurs régions françaises, s’est posé dans un mochav en Israël pour prendre le temps d’écrire, de créer et de jardiner. C’est un monsieur charmant, toujours plein de projets et cela fait bien longtemps que j’ai envie d’en savoir plus sur son parcours, sa passion des arts du fil et ce qui les lie tous les deux.

Il a eu la gentillesse d’accepter de répondre à mes questions et à mes incessantes demandes de photos ! Un grand merci du fond du coeur Raphael !

 

 

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INTERVIEW

Où êtes-vous né et quel a été votre parcours « géographique » jusque-là ?
Je suis né en 1938, en Égypte, au Caire plus précisément. A l’âge de quatorze ans, je suis parti en France, où j’ai vécu jusqu’après ma retraite. Je me suis installé en Israël en 2005

Que gardez-vous comme souvenirs du Caire ?
C’est une question bien trop vaste : on garde généralement beaucoup de souvenirs de ses quatorze premières années. J’en livre une certaine quantité dans « ma nostalgie », le premier roman de ma série « Bouquet d’exils ».

Et de votre arrivée en France ?
De la même façon, ce sont des souvenirs qui ont en partie inspiré « enracinements », le second roman de la série. Dans les deux romans, Marc, le narrateur principal, me vole beaucoup de souvenirs. Mais il s’agit bien de romans, car les souvenirs sont toujours transposés, et il y a aussi des éléments imaginés. On peut aussi se poser la question de la véracité des souvenirs : qu’on le veuille ou non, le temps modifie le regard, en édulcorant, en magnifiant ou en accentuant ce qui reste dans notre mémoire, en en refoulant une grande partie, et sans doute aussi en en oblitérant.

Pouvez-vous nous décrire l’endroit où vous habitez aujourd’hui ?
J’habite aujourd’hui une maison dans un mochav qui jouxte la ville d’Ofakim, en Israël. C’est dans le Néguev oriental, une région de steppes limoneuses, qui étaient pratiquement inhabitée il y a soixante ans. C’est maintenant une merveille de cultures, où les oiseaux en particulier se sont beaucoup multipliés et nous offrent des concerts permanents. C’est aussi un peu au-delà des zones qui ont reçu des milliers de « quassams », que des imbéciles qualifient d’inoffensifs : Je les invite à venir vivre avec leurs enfants quelques temps près de la frontière avec Gaza lors d’une période « chaude ».

Vous avez semble-t-il été toute votre vie un touche à tout, mais quels sont les métiers que vous avez pratiqués qui vous ont le plus marqué ?
Tous les métiers que j’ai pratiqués m’ont marqué, et j’ai toujours travaillé avec passion, n’hésitant pas à quitter un emploi quand je pensais en avoir fait le tour : j’ai eu la chance de vivre une partie de ma vie professionnelle au cours d’une bonne partie des « trente glorieuses ». Je peux néanmoins dire que c’est comme enseignant d’adultes (sculpture sur bois et méthodologie du travail intellectuel), futurs éducateurs spécialisés, que j’ai eu le plus l’impression de trouver ma place. Sauf que les contraintes institutionnelles m’ont beaucoup pesé.

Comment avez-vous trouvé la vie dans un kibboutz pendant 9 mois ? Qu’est-ce que ça vous a appris ?
Je pourrais dire en plaisantant que je l’ai trouvée après avoir beaucoup cherchée. J’ai très vite compris qu’au kibboutz où je logeais, comme dans la plupart des kibboutz, la vie communautaire était en voie de disparition. J’ai surtout compris que les kibboutz, hélas, ça n’existait pratiquement plus. Il serait trop long de développer cette idée, et je pense le faire dans un prochain roman (« Marcel »).

Ensuite, vous avez passé 5 ans dans un mochav, est-ce une envie de plus d’individualité ?
J’ai passé cinq ans dans un mochav, et je vis depuis trois ans dans un autre mochav. Mon, il ne s’agit pas de désir d’individualité, mais tout bonnement de raisons matérielles. Je n’étais pas membre du kibboutz (on ne peut pas le devenir après trente-cinq ans), mais locataire, et, si le cadre est magnifique, le loyer est prohibitif.

Pouvez-vous nous expliquer la différence avec un kibboutz ?
On pourrait dire qu’à l’origine, et pour simplifier, le kibboutz était un système communautaire, et le mochav un système coopératif. Là aussi, je pense développer ces thèmes dans «Marcel».

Vous avez écrit de nombreux ouvrages depuis 1961, de la poésie, des romans et nouvelles. Quelle quête vous pousse à écrire ?
Ce n’est que depuis 1999 que j’écris des romans et des nouvelles, mes périodes de versification ayant été assez limitées dans le temps, et mes poèmes n’ont jamais été publiés. J’explique dans « créer pour ne pas crever » les causes de mon besoin de création, et l’écriture est l’une des manifestations de ce besoin, sans doute la plus accomplie.

Quels sont vos thèmes favoris ?
Pour répondre à cette question, je me permets d’inclure deux passages de « créer pour ne pas crever » :
« il m’importait de pouvoir exprimer des idées, des points de vue, qui ne sont pas considérés comme politiquement corrects, et qui, de ce fait, sont rarement publiées. Car cela faisait belle lurette que je constatais qu’une censure insidieuse s’était mise en place, limitant l’expression des points de vue différents de ceux d’une intelligentsia confite dans ses certitudes, avec une tendance de plus en plus marquée à vouloir interdire toute expression se dissociant de la norme. Je ne veux pas faire ici le procès du cénacle médiatique, du monde politique, du pouvoir exorbitant que se sont octroyées les associations censées défendre les droits de l’homme, la pureté de la nature ou la défense à outrance des pseudo-défavorisés. »
Bien que les activités d’ «éducation» aient rempli une bonne partie de ma vie professionnelle, je voulais aussi pouvoir parler d’autres choses que de pédagogie : Des choses importantes, telles que la renaissance de l’antisémitisme, ou que l’obsession anti israélienne de nos « élites », l’émergence d’un islam agressif en France et plus généralement en Europe, et des choses apparemment moins importantes, mais le sont-elles vraiment ? comme ce qui tourne autour des relations de pouvoir, de l’étouffement, en France, par les administrations et par une fiscalité exorbitante de toute initiative créatrice d’emploi, de notre relation au vieillissement, à la maladie et à la mort, du refus de reconnaître pour ce qu’elle est l’expulsion des juifs des pays arabes, etc. »

Pouvez-vous nous donner une idée de l’histoire que retrace votre grande série familiale qu’est Bouquet d’exils ?
« Bouquet d’exils » n’est pas « une » histoire, mais une somme d’histoires singulières qui s’entrecroisent, se complètent ou se contredisent. J’ai voulu construire un système ouvert dans lequel l’histoire des six membres d’une fratrie d’exilés, mais aussi certains de leurs conjoints et de leurs enfants évoluent, en relation avec les modifications qui se produisent en France (et dans le monde). Pour cela, l’ensemble commence par deux livres d’ouverture, « ma nostalgie » et « enracinements », et puis, chaque livre qui suit (sauf les « chroniques rurales », qui interviennent en forme de récréation) porte le nom du personnage central. Bouquet d’exils est aussi le prétexte à aborder un certain nombre d’idées essentielles pour notre temps, dont certaines sont interdites d’expression.

Dans votre dernier ouvrage « créer pour ne pas crever » vous faites le rapprochement entre le tissage et l’écriture d’un roman. Vous dîtes combien vous trouvez juste l’image des Parques qui filaient la destinée des hommes. Pouvez-vous nous en dire plus ?
On dit parfois, en plaisantant, que « tout est dans tout », et on ajoute, pour bien marquer qu’il s’agit d’une plaisanterie, « et réciproquement ». Bien sûr, on peut trouver des analogies entre écriture et tissage. Certains termes peuvent renforcer cette idée : on parle de filer une intrigue, de la trame d’un récit (avez-vous remarqué que les plus grands auteurs se sont lourdement trompé, parlant d’un vêtement « usé jusqu’à la trame », alors que c’est lorsque la chaine lâche à son tour que le tissu est vraiment usé). On parle de la couleur, de la tonalité ou du rythme d’un tissu, et cela peut s’appliquer au tissage, mais aussi bien à la peinture ou à la musique. Et si l’image des Parques, filant le fil de la vie et le coupant, s’applique particulièrement bien au romancier, qui crée ses personnages, les font vivre (avec plus ou moins de bonheur), et décident de leur mort quand il le juge bon, on peut aussi bien le comparer à Zeus, sortant de sa tête des personnages, en modifiant d’autres, à sa volonté.
Mais tout cela est un peu fantaisiste. Ecrire est un travail laborieux, pour moi en tout cas, qui s’apparente davantage à un accouchement difficile. Et certaines de mes « grossesses » ont duré bien plus de neuf mois.

Qu’est-ce qui pousse un écrivain à se lancer dans les arts textiles ? Quelles activités pratiquez-vous dans ce domaine et depuis combien de temps ? Qui vous a appris ?
Les trois questions sont posées dans l’ordre inverse de l’ordre logique. J’y réponds donc « à l’envers ».
J’ai fait, il y a plus de cinquante ans, un stage de cinq jours au Centre national des ateliers éducatifs, qui existaient alors aux Claireaux, à Saint Rémy les Chevreuse. C’était un centre formidable pour les apprentissages d’activités artisanales, avec des enseignants très compétents, et animé par un directeur génial, René Dieleman. Je n’ai malheureusement pas pu pratiquer le tissage pendant près de cinquante ans. Mais j’y avais aussi appris les éléments de base de la sculpture sur bois, technique dans laquelle je me perfectionnais, et que j’ai pu plus tard enseigner à des élèves éducateurs.
Longtemps après, j’ai eu l’occasion de récupérer un superbe vieux métier de 120 cm de large, à navette lancée, mais à une époque où le temps et l’énergie me manquaient pour pouvoir vraiment le mettre en route. J’ai juste monté une chaine, et commencé un tissage. Ce métier est une vraie merveille, mais il est resté en France.
C’est en Israël, il y a donc huit ans, que je me suis remis au tissage, et de façon tout à fait curieuse. Il y a au kibboutz ou j’ai vécu quelques temps une « ferme des enfants », sorte de mini zoo, qui est entretenu par quelqu’un qui est vite devenu un ami. Dans cette ferme, un couple de moutons mérinos, avec chaque année un ou deux agneaux. Chaque année, la laine tondue était jetée, et ça m’a fendu le cœur. Il faut comprendre que j’ai grandi dans une économie, non pas de pauvreté, mais de pénurie : rien n’était jeté à la maison qui aurait été réutilisable. J’ai hérité de mes parents, entre autres qualités, cette aptitude à recycler les choses. J’ai donc récupéré la laine, j’ai commencé à la brosser (au début avec des brosses pour chiens !), et j’ai commencé à filer, avec une bobineuse (eh oui, c’est possible, mais ça filait « à l’envers »), puis avec une navette turque (une vraie, que j’avais achetée en Turquie chez un brocanteur) et je me suis fait un métier de type primitif. Les résultats n’étant pas très satisfaisants, j’ai décidé de m’équiper peu à peu : cardes à main, cardeuse, métier Ashford de 80 cm (le tout chez tricotin.com, bien sûr). Je me suis lancé dans des teintures à base de plantes (thé, café, noix, eucalyptus, peaux de grenades, etc.). Tout cela, je l’ai appris seul, en m’informant quand c’était possible, et en multipliant les essais et les erreurs. Il m’a même fallu apprendre à monter une chaine, car le métier sur lequel j’avais appris (de « matière et maîtrise », je ne sais pas si ça existe encore) était génial, mais sa conception était très différente des métiers classiques.

C’est en constatant que de très nombreux vêtements (souvent en bon état, notre société de consommation poussant les gens à être prodigues) étaient jetés que l’idée m’est venue de me mette aussi à la lirette. Mais, plutôt que de tisser au hasard des couleurs, j’ai pris le parti de faire ce qu’on pourrait appeler des « tableaux », je ne vois pas bien comment on pourrait les appeler : ce n’est pas de la lirette classique, qui se fait sans sujet, ce n’est pas non plus de la tapisserie classique. J’ai tissé ma première lirette (crépuscule sur le Néguev) sur le métier Ashford. C’était assez compliqué, le tissu s’enroulant dans l’ensouple, il fallait avoir une bonne idée de ce que je voulais faire, et d’où j’en étais. Et puis, j’ai eu la chance de pouvoir récupérer trois vieux métiers en très mauvais état avec des cadres de type « encroix ». J’ai réussi à en refaire deux (50 cm et 60 cm), qui conviennent bien pour la lirette. Il m’arrive aussi d’ajouter des « fils » de trame à l’aise de grosses aiguilles de bois que je me suis fait, ou du fil normal à l’aiguille à broder.
Ce qui me pousse vers les arts textiles ? À vrai dire je ne suis pas trop sûr de la réponse à donner. Il y a eu, bien sûr, les opportunités dont j’ai parlé, à un moment où je disposais de beaucoup de temps. Et puis, mon état physique ne me permet plus de sculpter, la sculpture demandant beaucoup d’énergie. Mais je retrouve dans les fibres le contact « chaud » que j’avais tant apprécié dans le bois. J’ai touché à bien d’autres activités artisanales (travail du fer, vannerie, modelage et céramique, etc.), pour lesquelles j’ai eu un plaisir mitigé, et je pense que c’est à cause du contact manuel « froid ». Et j’aime les beaux tissus, bien que je sois toujours habillé comme l’as de pique…

Quelles sont les matières que vous utilisez le plus ? Où vous fournissez-vous ?
Sauf quelques écheveaux de laine de moutons du pays, aux couleurs naturelles, que j’ai acheté à l’association des femmes bédouines de Lakiah, et du coton que je cueille sur quelques cotonniers que j’avais planté en pots, toutes les fibres que j’utilise sont de récupération. Le fil des femmes bédouines est difficile à tisser tel quel : il est destiné à faire des tapis d’un genre très particulier, et pour cela, il est très tordu. Il me faut donc le détordre, et enlever ce que je peux des impuretés abondantes.
Je profite de l’occasion pour affirmer que, contrairement à ce que croient certaines personnes ne connaissant rien au problème, les bédouins d’Israël sont très aidés, et vivent incomparablement mieux que les bédouins de pays voisins (Jordanie et Egypte, par exemple). La France pourrait être fière si elle avait fait pour ses gitans en plusieurs siècles le dixième de ce qu’a fait Israël pour ses bédouins en soixante ans. J’ai déjà parlé de la laine de mérinos, on m’a aussi donné quatre toisons d’alpaga, et un énorme stock de fibres synthétiques diverses, avec généralement des quantités assez petites de même matière et couleur.

Pouvez-vous nous décrire le processus de A à Z de la création d’un tissage ?
De A à Z, non, ce serait bien trop long, et il est facile de trouver des livres ou des conseils utiles sur Internet (en particulier chez tricotin.com). Je peux cependant dire qu’en A, il y a l’idée d’un tissu possible, avec son armure, ses couleurs et ses points, et qu’en Z, il y a la libération hors du métier du tissu fini.

Qu’est-ce qu’une lirette ?
Traditionnellement, dans les économies de pénurie, les vieux tissus étaient réutilisés. On faisait de la charpie en période de guerre, du papier avec certaines fibres, et deux types de « nouveaux » tissus : il y a surtout le patchwork, qu’il est inutile de présenter, tout le monde connaît ça, et la lirette, qui consiste à découper des vieux tissus en bandes assez étroites, et à les utiliser en trame sur une chaine de fil. Comme je l’ai déjà dit, je prends plaisir à travailler cette technique un peu comme une tapisserie, et de faire des « tableaux ».

Vous qui avez été animateur socioculturel pendant de longues années, auriez-vous des conseils ou méthodes efficaces pour l’apprentissage du tissage ?
J’ai aussi enseigné de futurs éducateurs et j’ai été longtemps responsable d’un « lieu de vie » accueillant des enfants en grande difficulté. Je pense que, quel que soit l’enseignement que l’on veut transmettre, l’essentiel est de faire très vite découvrir le plaisir que l’on a à comprendre des choses nouvelles, à mieux appréhender le monde qui nous entoure, et à repérer en soi de nouvelles potentialités.. C’est aussi vrai pour le tissage que pour les maths, pour la poterie que pour la géographie ou l’histoire. Je ne pense pas qu’il y ait de meilleure « méthode », les besoins d’aide de chacun étant différents. Je sais, par exemple, qu’en ce qui me concerne, je suis très autodidacte : j’aime, quitte à perdre du temps, découvrir par moi-même les marches à suivre possibles, en essayer plusieurs, et choisir celle qui me convient le mieux. J’ai aussi beaucoup appris dans certains domaines, en cuisine par exemple, en regardant travailler des professionnels. D’autres auront besoin au contraire d’un guidage rigide et précis. Et puis, si on compare des méthodes différentes, on constate qu’il y a souvent des contradictions entre elles. Querelles de chapelles, s’apparentant à celle des gros-boutiens et des petits-boutiens de Gulliver ? Je préfère conseiller à chacun d’expérimenter, et d’éventuellement créer sa propre méthode.

Combien avez-vous d’enfants ? Vivent-ils près de vous ? Est-ce que comme vous les activités artisanales et manuelles sont importantes dans leur vie ?
J’ai quatre enfants, (et six petits-enfants) qui vivent loin de moi. Je pense leur avoir transmis le plaisir d’être en même temps « intellectuels » et « manuels, et de vivre ce qu’ils font avec passion.

Vous faites des Bonsaïs. Est-ce que c’est un retour vers vos premières amours : l’horticulture et les arts paysagers ?
J’aime les arbres. Je produis, pour m’amuser, par semis ou par bouture, quelques arbres méditerranéens, mais surtout des arbres tropicaux. Le bonsaï permet de cultiver beaucoup d’arbres sur un espace limité, et de faire un travail qui s’apparente à la sculpture. Je ne suis pas un contemplatif, mais il m’arrive néanmoins de rêver en regardant un bonsaï. C’est davantage dans l’aménagement de mon jardin que je retrouve ce que vous appelez mes premières amours. Mais l’énergie me manque de plus en plus pour ce genre de travail.

Dans votre dernier livre, vous citez Nietzsche « Créer, voilà la grande délivrance de la souffrance, voilà ce qui rend la vie légère. » Est-ce que création de romans et d’œuvres textiles vous a aidé et vous aide toujours à surmonter les difficultés de la vie ?
Sans aucun doute. J’explique dans ce livre que j’ai créé tout au long de ma vie d’adulte, dans des domaines très variés, et que ça m’a aidé à surmonter bien des difficultés. Aujourd’hui, romans, œuvres textiles, bonsaïs, également tableaux de collage, beaucoup surtout à base de plumes, mais aussi de fleurs, de graines, d’os, et autres éléments naturels, et d’écriture hébraïque. Je pense qu’en créant, en écrivant surtout, mais aussi par mes tableaux ou mes tissages, j’exprime des choses. Ces choses sont-elles comprises ? Ceci est une autre histoire…

Où peut-on vous trouver ? Acheter vos livres, vos œuvres tissées ?
On peut me trouver (en cherchant bien) en Israël. Mes livres sont édités chez « édilivre », où on peut les commander. Mais on peut aussi passer par Amazon et les autres grands distributeurs, ou demander au libraire de votre quartier de les commander. Ceux qui sont abonnés à une bibliothèque publique peuvent en demander l’acquisition à leur bibliothécaire (en plusieurs exemplaires de préférence, afin de pouvoir satisfaire les innombrables lecteurs potentiels). Pour mes autres productions, je n’ai pas de réseau de vente.

Et puis une dernière question pour nous mettre en appétit. Vous êtes un passionné de cuisine et fin gourmet. Quelle est votre spécialité culinaire ?
Passionné de cuisine, oui (comme de tout ce que je fais…). Fin gourmet, je ne sais pas, je pense surtout être gourmand, j’aime manger. Quant à mes spécialités, il y en a beaucoup… Du temps que j’étais fermier aubergiste, mes hôtes ont particulièrement aimé mes pigeons (désossés) farcis et mes gigots de cabri farcis, accompagnés d’une sauce aigre douce à la figue. En fait, ma « spécialité » varie suivant les périodes. Actuellement, j’aime préparer des poissons gras (truite, perche, saumon, saint-pierre, etc.) en gelée de citron. Mais je m’inspire aussi bien des cuisines maghrébines, orientales et extrême-orientales, voire mexicaines. Et, s’il m’arrive souvent de lire des recettes pas curiosité, je cuisine ensuite à mon idée…

Merci beaucoup Raphael d’avoir répondu à mes questions !

Visitez le Site internet  de Raphael Mizrahi.

Article & interview : Flore Vallery-Radot
Photographie : Raphael Mizrahi

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IN ENGLISH

I was lucky to meet “virtually” with Raphael Mizrahi because he is a faithful client of our e-boutique: Tricotin.com. When he is not writing his books, and amongst many other activities, he weaves. He spins the wool or cotton himself, for his weaving. He starts from scratch, with the fleece or the cotton flower he grows in his garden then cards these fibres, spins and weaves them into stoles, vests, table mats or cushions. 

There is poetry in his woven pieces and his choice of colours. His A to Z method, from the sheep to the cushion is a sort of Zen activity, long and liberating. His creation policy, using only wool available close to him which he saves from destruction and fabrics he recycles to weave wall hangings called “lirettes”.

Raphael Mizrahi is an Israeli writer who, after a life of adventures starting from Egypt, then going through many French regions, decided to settle in a Moshav in Israel to take time to write, create and garden. He is a charming man, always full of projects, and it has been a while since I wanted to know more about his adventures, his passion for fibre arts and the link between the two. 

He was kind enough to accept my interview and my incessant requests for more photos! Thank you from the bottom of my heart Raphael!

 

 

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INTERVIEW

Where were you born and where do you live now?
I was born in 1938, in Egypt, in Cairo. When I was fourteen, I left for France where I lived until after I retired. I have moved to Israel in 2005

Do you have memories of your childhood in Cairo?
This is too big a question : one usually keeps a lot of memories from the first fourteen years of life. I talk about it in my book « ma nostalgie », the first of my series « Bouquet d’exils ».

And about your arrival in France?
These memories inspired my novel « enracinements », the second book of my series. In both novels, Marc, the narrator, steals a lot of my memories. But it is truly a novel; I transposed my memories in it. There is also the question of the veracity of memories: whether you want it or not, time alters memory, erasing some parts, emphasising others and making some elements disappear.

Can you describe the place where you live now?
I live in a Moshav neat the town of Ofakim, in Israel. It is situated in the Eastern part of the Negev, a region of Steppes, which were nearly completely uninhabited sixty years ago.  It is now a marvel of cultures, where birds in particular are thriving and offer us permanent concerts. It is a zone that is permanently the target of « quassams », which some imbeciles call harmless. I suggest they come to live here with their children near the border with Gaza during a “hot” period. 

You have done many jobs in the past. Which one has had the most influence on you?
All of them. I have always worked with passion. I never hesitated to quit a job because I had seen all of it. I was lucky enough that a part of my professional life took place during the post-war economic boom. I can nevertheless say that the work I found most rewarding was when I taught to adults: special needs teachers to be, woodwork and intellectual work methodology. The institutional constraints have had their toll on me…

You have lived in a Kibbutz for 9 months. How was it?
I very quickly realised that like most Kibbutz, the community life was on the verge of disappearing.  Kibbutzes unfortunately are all extinct. It would be too long to explain here. I think of writing a novel on the subject called « Marcel ».

Then you spent 5 years in a Moshav, was it the need of more individual freedom?
I have spent 5 years in a Moshav, and I have been living in another one for 3 years. No it is not a desire for individuality but simply for financial reasons. I wasn’t a member of the Kibbutz, one cannot become a member if older than 35. I was a tenant, even if the environment is amazing, the rent is much too high. 

Can you explain the difference between a Kibbutz and a Moshav?
Originally and to simplify, Kibbutz were based on a communitarian system, Moshavs are based on a cooperative system. I will develop these themes in my next book “Marcel”.

You have written many books since 1961, poetry, novels and short stories. What drives you to write?
It is only in 1999 that I started to write novels and short stories. Prior to that I wrote poetry during different short periods and never published them. I explain in my book « créer pour ne pas crever » what causes my need to create, and writing is one of the manifestations of this need, probably the most accomplished.

What are your favourite themes?
To answer this question allow me to give you a short quote of my last book:

«it was important for me to be able to express my ideas, my point of view which are not considered as politically correct and because of it, are rarely published. It was a while since I noticed that an insidious censorship had taken place, limiting the ability for one to express views different from an intelligentsia pickled in its convictions with a strong tendency to forbid any expression of thought dissociated from the norm. I do not want to put on trial the media, the political world, and the incredible power that the organisations supposed to defend the human rights, the purity of nature, and the over-defence of the unprivileged, have gathered for themselves.” “Despite the fact that the subject of education filled up most of my professional life, I would like to talk about other things than pedagogy: important things, and apparently less important things such as the rebirth of anti-Semitism and the anti Israeli obsession of our ruling elite, the emergence of an aggressive Islam in France and more generally in Europe and some even less important things, but are they really? I am thinking of our relation with aging, with disease and death, the negation of the Jews’ expulsion from Arab countries, etc.”

What is your big series “Bouquet d’exils” about?
« Bouquet d’exils » is not « a » story but a sum of singular stories intertwined, sometimes completing or even contradicting each other. I wanted to construct an open system in which the story of 6 members of a family in exile, their partners and children evolve within the changes happening in France and the World. The idea was to talk about essential ideas of our time some of which people are forbidden to express.

In your last work « créer pour ne pas crever » you find links between the craft of weaving and the art of writing a novel.  You explain how you find exact the image of the Fates spinning humankind. Can you tell us more about that?
Sometimes people say « everything is in everything », and we add, to explain that it is a joke, « and inversely ». Of course, one can find analogies between writing and weaving. Some terms can reinforce this idea. In French we say “spinning and intrigue”, “the warp of a story”. (Have you noticed that the greatest writers have failed in describing a used cloth saying “it is used to the weft” when it is in fact the warp which goes first.) We speak about the colour, the tone or the rhythm of a fabric; it can apply to weaving but also to music or painting. If the image of the Fates spinning the yarn of life, cutting it, applies particularly well to the novelist who creates his own characters, make them live (with more or less happiness) and decide of the death when they judge it is the right time. We can also compare the writer to Zeus, pulling characters out of his head, modifying others as he wishes. But all this is a bit of a joke. Writing is a laborious work, for me at least, it is closer to the long and difficult labour before giving birth. Some of my “pregnancies” have lasted a lot more than nine months.

What draws a writer to textile arts? Which textile art do you enjoy and for how many years now? Who taught you?
The three questions are asked in an order opposite to logic.

Fifty years ago I took a class at the “Centre national des ateliers éducatifs” in Saint Rémy les Chevreuse, near Paris. It was a wonderful place to learn different crafts. The teachers were very good, the director, René Dieleman was a great man.
I haven’t been able to practice weaving for fifty years but I had learnt the basics. I learnt also woodwork, a technique I managed to master and later taught.
Many years later, I had the opportunity to get an old and superb 120cm wide loom with boat shuttle, but at the time, I was lacking time and energy to really get it to work. I eventually warped it and started to weave. It is a truly marvelous loom but unfortunately it is still in France.
It was in Israel, eight years ago, when I went back to weaving, in curious circumstances. In the Kibbutz I was living in for a few months there was a “children farm”, a sort of mini zoo which was maintained by someone who soon became my friend. In this farm there were a couple of merino sheep, and each year a couple of lambs. Every time they were shorn, the fleeces were discarded which broke my heart. You see, I grew up with the sense of economy, not in poverty, but penury more so. At home, nothing that was reusable was thrown away. I inherited from my parents, amongst other qualities, this ability to recycle things. I salvaged the wool and started to brush it (with dog’s brushes to start with!) and I started to spin with a ball winder. Yes! It’s possible and it would spin backwards. Then I began to spin with a Turkish spindle, a real one which I bought in Turkey in an Antique shop. I made myself a primitive loom. The results were not very satisfying, so I decided to equip myself: hand carders, drum carder, Ashford table loom 80cm and 4 shafts (everything coming from Tricotin.com of course). Then I launched myself into plant based dyes: tea, coffee, nuts, eucalyptus, pomegranate’s skin, etc.  I learnt it all by myself, getting information whenever possible, and multiplying trials and errors. I even had to learn to warp a loom again, because the loom on which I had learnt from « matière et maîtrise », I don’t know if it still exists, was a great loom but very different from the classical looms.
It is when I realised that numerous clothes, even in perfect state and condition which our consumers society pushes people to buy, were discarded, the idea of weaving my “lirettes” wall hanging came to my mind. It is not the classic lirette, a plain fabric and not a tapestry, they are more “paintings”, I don’t know what to call them. I wove my first one called Dusk on the Negev on my Ashford loom. It was quite complicated; the fabric got caught in the back beam. I had to have a pretty clear idea of what I wanted to do and where I was at.
Then I was lucky, someone gave me three old looms in a very bad state, the frame kind. I managed to make two new looms out of them (50cm and 60cm), which are perfect for my lirettes. I sometimes add thick weft yarns using big wooden needles I made, or if the yarns are thin, I use a tapestry needle.
What draws me to the textile arts? To tell you the truth, I am not sure. There was of course the opportunities I spoke about before, when I had a lot of time on my hands. My health doesn’t allow me to sculpt wood any more. Sculpture is very demanding. I find that the warm contact with fibres is close to the contact I had with wood. I have also practiced different crafts such as iron work, basketry, 
modelling and ceramic. I didn’t have the same contact, or interest for them. I guess that was because of their cold touch. I like beautiful fabrics very much, even if I am dressed like a scarecrow…

What material do you use and where to you source them?
Except a few skeins of wool from the country, in the sheep’s natural colours, I bought from the Bedouin women of Lakiah and some cotton I pick from the few cotton plants I grow in pots. All the fibres that I used are given to me. The Bedouin’s yarn is hard to weave as it is. It is destined to weave very particular rugs. It is over-twisted so it needs to be untwisted and cleaned from the abundant matter attached to it.
I take this opportunity to reaffirm that, despite what some people think, who do not know anything about the problem, that Israel’s Bedouin are treated and live far better than those of the neighbouring countries such as Jordan and Egypt. France would be proud if it had done as much in several centuries for its gypsies that Israel has done for its Bedouins in sixty years.
I have already talked about merino fleeces, I have also been given four alpaca fleeces and a huge stock of synthetic fibres which are generally small quantities of each colour.

Can you describe the A to Z process of weaving?
From A to Z, no, it would be too long. It is easy to find books and advice on the internet (especially on Tricotin.com). What I can say is that A is the idea of the possible cloth, it’s weaving pattern, its colours and Z is the moment when the cloth is freed from the loom.

What is a lirette?
Traditionally, in penury, old fabrics were used. During war times, rags were used, paper was made from certain fibres, and two types of new fabrics such as patchwork which you know and also the lirette, which consists in cutting old fabrics in narrow bands and use them as weft on a yarn warp. As I already said before, I like this technique very much, a bit like tapestry, I create pictures. 

You have been a socio-cultural worker for many years, do you have efficient methods or advice to teach weaving?
I also taught students studying social work and have managed a “lieu de vie” (home) for children in great difficulty. I think that whatever the type of teaching you want to do, the main thing is to make people discover the pleasure behind understanding new things.
This works with weaving as much as it does for maths, pottery, geography or history. I think there isn’t a better method, the needs of each individual are different. I am, for example, very autodidact, I like to discover by myself even if it means to lose time. I like to try different paths and chose the one which will suit me better. I also learnt a lot in cooking for example, by watching professionals work. Others would need a more precise and rigid guidance. Then, if you compare different methods, you will see that they often contradict each other a bit like the quarrel between the “
gros-boutiens” and the “petits-boutiens” in Gulliver. I think people need to experiment and even create their own method. 

How many children do you have? Do they live close to you? Are manual activities important in their life as well?
I have four children and six grand children who all live far from me. I think I have passed on the pleasure of being both intellectual and manual and also of doing what they do with passion.

You create bonsais. Is that a way to go back to you first love: horticulture and landscaping?
I love trees. I produce, for the fun of it, by sowing or grafting, a few Mediterranean trees but mostly tropical trees. Bonsais allow you to cultivate many trees in a limited space and to do a work that is very close to sculpture. I am not the contemplative kind but I do dream when I see a bonsai. It is more in my garden that I go back to what you call my first love. But I lack more and more the energy for that type of work.

In your last book, you quote Nietzsche « Create, this is what frees you from pain, this is what makes life lighter”. Has the creation of textile works and novels helped you to get over life’s difficulties?
Without the shadow of a doubt. I explain in this last book that everything I have created during my adult life, in various domains, has helped me face many difficulties. Today, novels, textile work, collages using mainly feathers but also flowers, seeds, bones and natural elements and Hebraic calligraphy. Is my work understood? This is another story…..

Where can we find you and buy your books or your textile work?
You can find me (if you look well) in Israel. My books are edited by « édilivre », where they can be ordered. Amazon sells them also as well as many other distributors. You can also ask your local bookshop to order them. Those who have a library card can ask their library to purchase them. (In many copies to satisfy the numerous potential readers). For my textile work, I do not have a distribution network.

Last question, you are a fine gourmet, passionate about cooking. What is your culinary speciality?
Passionate about cooking, yes, like everything I do. Fine gourmet, I don’t know, I think I like to eat, I am a foodie. When I was a farmer-inn-keeper, my guests particularly liked my deboned stuffed pigeons, my stuffed leg of goat with its sweet and sour fig sauce. In fact, my speciality varies according to the season. At the moment, I like to prepare fatty fish such as trout, perch, salmon or Saint-Pierre (dory) in a lemon jelly. I get my inspiration from the Maghreb, the middle-eastern and far-eastern cuisine, even from Mexico. If I happen to read the recipes by curiosity, I like to cook them in my own style. 

Thank you very much Raphael for accepting this interview!

Visit Raphael Mizrahi’s Website.

Article & interview : Flore Vallery-Radot
Photography : Raphael Mizrahi

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